LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES
Réponde à mon silence, et sente ma pensée.
Ah ! si pour moi jamais tout cœur était fermé, 35
Si nul ne songe à moi, si je ne suis aimé,
Vivre importun, proscrit, flatte peu mon envie.
Et quels sont ses plaisirs, que fait-il de la vie,
Le malheureux qui, seul, exclu de tout lien,
Ne connaît pas un cœur où reposer le sien ; 40
Une âme où dans ses maux, comme en un saint asile,
Il puisse fuir la sienne et se rasseoir tranquille;
Pour qui nul n'a de vœux, qui jamais dans ses pleurs
Ne peut se dire : « Allons, je sais que mes douleurs
Tourmentent mes amis, et quoiqu*en mon absence 45
Ils accusent mon sort et prennent ma défense ? »
Eh ! le pourrais-je au moins ! suis-je assez intrépide ? Et toute belle enfin serait-elle perfide?
V. 42. Lucrèce, II f, 1081, voulant peindre les désirs changeants de l'homme pour tout ce qui peut lui faire oublier ses propres misères, dit avec la môme expression qu'André : a Hoc se quisque modo fugit. » Cf. Sénèque, de Tranq. amm., II. — Horace, Od., II, xri :
Palriae quis exsul
Se quoque fugil?
Dans Racine, Est h., I, i, Esther dit, exprimant la pensée contraire :
Lasse de vains honneurs, et me cherchant moi-même.
XXIV. — Nous avons, dans cette élégie, rapproché deux fragments qui semblent développer une même idée, facile à deviner et à compléter. Voici oonunent nous supposons que devait se dérouler la pensée d'André : Hes amis me le conseillent; je veux les écouter, me livrer à l'étude, quitter ce sexe trompeur, perfide...
Eh ! le poarrais-je au moins 1 suis-je assez intrépide? etc. En vain on me dit que le plaisir en amour est amer, que les amants portent des chaînes, qu'ils n'ont point de bonheur...
S'ils n'ont point le bonheur, en est-il sur la terre? etc.