LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES
Brillants de la santé qui luit sur son visage, 25
Trouvent doux d'être au monde et que vieillir est sage.
Si, pauvre et généreux, son cœur vient de souffrir
Aux cris d'un indigent qu'il n'a pu secourir ;
Si la beauté qu'il aime, inconstante et légère,
L'oublie en écoutant une amour étrangère ; 50
De sables douloureux si ses flancs sont brûlés.
Ses tristes vers en deuil, d'un long crêpe voilés.
Ne voyant que des maux sur la terre où nous sommes.
Jugent qu'un prompt trépas est le seul bien des hommes.
Toujours vrai, son discours souvent se contredit. 00
Comme il veut, il s'exprime ; il blâme, il applaudit.
Vainement la pensée est rapide et volage :
Quand elle est prête à fuir, il l'arrête au passage.
Ainsi, dans ses écrits partout se traduisant.
Il fixe le passé pour lui toujours présent, 40
Et sait, de se connaître ayant la sage envie,
Refeuilleter sans cesse et son âme et sa vie.
J'ai suivi les conseils d'une triste sagesse.
Je suis donc sage enfin ; je n'ai plus de maîtresse.
Sois satisfait, mon cœur. Sur un si noble appui
Tu vas dormir en paix dans ton sublime ennui.
Quel dégoût vient saisir mon âme consternée, 5
Seule dans elle-même, hélas ! emprisonnée ?
Viens, ô ma lyre ! ô toi mes dernières amours
(Innocentes du moins) ; viens, ô ma lyre, accours.
Chante-moi de ces airs qu'à ta voix jeune et tendre
Les lyres de la Grèce ont su jadis apprendre. iO
Quoi ! je suis seul ? 0 dieux ! où sont donc mes amis ?
Ah ! ce cœur qui^ toujours à l'amitié soumis,
D*étendre ses liens lit son besoin suprême,
Faut-il l'abandonner, le laisser à lui-même?
Oïl sont donc mes amis? Objets chéris et doux ! lo
Je souffre, ô mes amis! Ciel ! où donc êtes-vous?
A tout ce qu'elle entend, dû vous seuls occupée.
De chaque bruit lointain mon oreille frappée
Ecoute, et croit souvent reconnaître vos pas;
Je m'élance, je cours, et vous ne savez pas ! ^20
Ah ! vous accuserez votre absence infidèle.
Quand vous saurez qu'ainsi je souffre et vous appelle.
Que je plains un méchant ! Sans doute avec effroi
Il porte à tout moment les yeux autour de soi ;
Il n'y voit qu'un désert ; tout fuit, tout se retire. 25
Son œil ne vit jamais de bouche lui sourire ;
Jamais, dans les revers qu'il ose déclarer.
De doux regards sur lui s'attendrir et pleurer.
Oh ! de se confier noble et douce habitude !
Non, mon cœur n'est point né pour vivre en solitude : so
Il me faut qui m'estime, il me faut des amis
A qui dans mes secrets tout accès soit permis;
Dont les yeux, dont la main dans la mienne pressée
XXIII. — V. 18. Tibulle, I, viii, 65, dans l'attente de sa maîtresse s*écrie aussi :
Dum mihi venturam fingo, quodcumque movetur, niius credo tune sonuisse pedem.
Et Berlin, Am., III, tit, imitant Tibulle :
J'écoute alors, j'écoute , et si le moindre bruit
Frappe mon oreille attentive,
Je crois sous tes pieds délicats Entendre à mon côté le parquet qui résonne.
On ne peut s'empêcher de remarquer dans Berlin et d'autres poètes élégiaques de la même époque l'impropriété fréquente des termes et souvent même la vulgarité. C'est ainsi que, dans cette même élégie, Berlin, croyant traduire le pedibus prœteniat iter, suspensa timoré de Tibulle, II, I, 77, nous montre sa maîtresse suspendark sur Vorteil une jambe craintive!