LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES
Sur d'arides sommets le voyageur porté
S'étonne. Auprès des rocs d'âge en âge entassée
En flots âpres et durs brille une mer glacée.
A peine sur le dos de ces sentiers luisants
Un bois armé de fer soutient ses pas glissants. 10
Il entend retentir la voix du précipice.
Il se tourne, et partout un amas se hérisse
De sommets ou brûlés ou de glace épaissis,
Fils du vaste mont Blanc, sur leurs têtes assis,
Et qui s'élève autant au-dessus de leurs cimes 15
<3u'ils s'élèvent eux-même au-dessus des abîmes.
Mais bientôt à leurs pieds qu'il descende ; à ses yeux
S'étendent mollement vallons délicieux.
Pâturages et prés, doux enfants des rosées.
Trient, Cluses, Magland, humides Élysées, so
Frais coteaux, où partout sur des flots vagabonds
Pend le mélèze altier, vieil habitant des monts.
Ainsi, lorsque souvent le gouvernail agile De Douvre ou de Tanger fend la route mobile. Au fond du noir vaisseau sur la vague roulant Le passager languit malade et chancelant.
V. 19. a Enfant de... » La Harpe ne pouvait souffrir cette expression; il l'a reprise dans Voltaire. Elle est peut-être mieux employé.; quand on l'applique poétiquement à des sentiments. Ghénier lui-même en offre de trè»-heureux exemples ; voy. plus haut, ÉlégieSj I, iv, 82.
XKVII. — Le début de cette pièce indique que cette longue comparaison dans l'esprit d'André devait s'appliquer à quelque pensée saistssable de son âme, comme celle-ci : Souvent dans la vie l'homm'i est saisi par le dégoût de toutes choses ; il perd alors toute force, tout courage, et n'a plus même celui de vivre. .4«isi, etc. Cette piùce, on le voit, est du genre de la précédente, où il dévelopj 3 uno. pensée au moyen d'une comparaison longue et détaillée^
Son regard obscurci meurt. Sa tête pesante 5
Tourne comme le vent qui souffle la tourmente,
Et son cœur nage et flotte en son sein agité
Comme de bonds en bonds le navire emporté.
Il croit sentir sous lui fuir la planche légère.
Triste et pâle, il se couche, et la nausée amère i)
Soulève sa poitrine, et sa bouche à longs flots
Inonde les tapis destinés au repos.
Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage :
Stupide, il a perdu sa force et son courage.
Il ne retrouve plus ses membres engourdis. 15
Il ne peut secourir son ami ni son fils.
Ni soutenir son père, et sa main fuible et lente
Ne peut serrer la main de sa femme expirante.
Fait en partie dans le vaisseau, en allant à Douvres, le 6, couché et souffrant. tLcrïi à Londres, le 10 décembre 1787.
Sans parents, sans amis et sans concitoyens.
Oublié sur la terre et loin de tous les miens.
Par les vagues jeté sur cette île farouche.
Le doux nom de la France est souvent sur ma bouche.
V. 18. Voy. même livre. Élégie xxiv, v. 12 et Élégie xxviii, v. 10. — Tibulle, 1, 1 :
Te spectem, suprema mihi quum venerit hora, Te teneam moriens déficiente manu.
XXYIII. — Y. 1. C'est après avoir senti lui-même les douleurs de l'éloignement que, dans VAvis aux Français, voulant appeler la pitié publique sur les émigrés, il les peindra errant « de contrée en contrée, pauvres, ne tenant à rien, sans parents, sans amis^ seuls... » Iphigénie dit dans Euripide, Iphig. en Taur.j 218 :
NOv 5' â|«tVOU TTÔVTOU \ih(X.
i-.. ûyafAOi, dcTtfxvoi, xnoXti, ayt^oj.