LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES
Auprès d'un noir foyer, seul, je me plains du sort. 5
Je compte les moments, je souhaite la mort ;
bit pas un seul ami dont la voix m'encourage,
Qui près de moi s'asseye, et, voyant mon visage
Se baigner de mes pleurs et tomber sur mon sein.
Me dise : « Qu'as-tu donc ? » et me presse la main. lo
Londres, décembre 1787.
0 nécessité dure! ô pesant esclavage!
0 sort ! je dois donc voir, et dans mon plus bel âge, Flotter mes jours, tissus de désirs et de pleurs, Dans ce flux et reflux d'espoir et de douleurs!
Souvent, las d'être esclave et de boire la lie 5
De ce calice amer que l'on nomme la vie.
Las du mépris des sots qui suit la pauvreté.
Je regarde la tombe, asile souhaité ;
Je souris à la mort volontaire et prochaine ;
Je me" prie, en pleurant, d'oser rompre ma chaîne; lo
Le fer libérateur qui percerait mon sein
Déjà frappe mes yeux et frémit sous ma main ;
Et puis mon cœur s'écoute et s'ouvre à la faiblesse :
Mes parents, mes amis, l'avenir, ma jeunesse,
XXIX. — V. 6. Catulle a employé au propre, XXVII, 2, l'expression a calices amariores, » que Ghénier ciriploie ici au ligure. V. 7. Voltaire, Mérope, II, ii, avait dit:
Il souffre le mépris qui suil la pauvreté.