‹ Poésies de André ChénierChapitre 24 sur 418 · V. 232. Même observation que pour le vers · texte numérisé non relu

V. 232. Même observation que pour le vers

V. 234. « ïx transfuge imposteur, » ce sont les émigrés qui calomnaient la France à l'étranger.

V. 235. Un article d'André Chénier, intitulé V Esprit de parti, écri en 1791, la même année que le Jeu de paumd", nous fournit une heureuse et curieuse explication de ce vers [Œuvres en prose, p. 49) : « C'est cet honneur de corps, l'éternel apanage de ceux qui trouvent qu'il est trop difficile d'avoir un honneur qui soit à eux ; c'est, dis-je cet honneur de corps qui fait sortir des salles d'armes des essaims^ de héros, ou jadis nobles, ou devenus tels depuis qu'il n'y en a plus; armés pour le soutien du trône, qui certes n'a pas besoin d'eux ; impudents et méprisables parasites, qui, en osant se nommer les défenseurs du roi, ont pris le seul moyen qu'ils pussent avoir de lui faire tort. Ils rôdent, ils courent çà et là, tout prêts à chercher querelle à quiconque n'est pas des leurs et ne désire pas la guerre civile, et déterminés à le tuer pour avoir raison de lui ; et les femmes, toujours aveuglément livrées à leurs passions du moment, toujours éprises de ce qui ressemble au courage, de tout temps admiratrices secrètes ou déclarées de ces assassinats chevaleresques appelés duels, semblent encourager par d'homicides applau • dissements cette férocité lâche et stupide. i>

V. 236. Il désigne les détracteurs de la révolution qui venait de s'accom* plir et parmi eux certainement les auteurs de « deux épaisses brochures » donr il parle dans son article sur V Esprit de parti (OEuvres en prose, p. 53], et dont l'un était Edmond Burke, qui récemment avait fait paraître et traduire en français un ouvrage intitulé : Réflexions sur la révolution de France.

A LOUIS DAVID. cix

Salut, peuple français ! ma main Tresse pour toi les fleurs que fait naître la lyre. Reprends tes droits, rentre dans ton empire.

Par toi sous le niveau divin )to

La Ûère Egalité range tout devant elle.

Ton choix, de splendeur revêtu,

Fait les grands. La race mortelle Par toi lève son front si longtemps abattu. Devant les nations, souverains légitimes, u^

Ces fronts dits souverains s'abaissent. La vertu

Des lionneurs aplanit les cimes.

0 peuple deux fois né! peuple vieux et nouveau!

Tronc rajeuni par les années !

Phénix sorti vivant des cendres du tombeau ! 250

Et vous aussi, salut, vous, porteurs du flambeau

Qui nous montra nos destinées !

Paris vous tend les bras, 'enfants de notre choix !

Pères d'un peuple, architectes des lois ! Vous qui savez foiider, d'une main ferme et sûre, 355

Pour l'hoamie un code solennel.

Sur tous ses premiers droits sa charte antique et pure, Ses droits sacrés, nés avec la nature.

Contemporains de l'Étemel .

Vous avez tout dompté; nul joug ne vous arrête; . 26)

V. 2o4. « Architecte des lois. » C'est le conditor des Latins, qui disaient également condere leges et condere mœnia. C'est le rcxrMy des Grecs. Le Scholiaste d'Aristophane, Eq.t 523, nous a conservé ce vers c*.:: poète comique Cratinus :

Tixrove> cùiraAoé/Auv v/avwv.

y. 257. n s'agit ici de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

ex LE JEU DE PALME.

Tout obstacle est mort sous vos coups;

Vous voilà montés sur le faîte.

Soyez prompts à fléchir sous vos de\oirs jaloux. Bienfaiteurs, il vous reste un grand compte à nous rendre ; 11 vous reste à borner et les autres et vous ; 965

Il vous reste à savoir descendre.

XY

Vos cœurs sont citoyens ; je le veux. Toutefois

Vous pouvez tout : vous êtes hommes.

Hommes ! d'un homme libre écoutez donc la voix. Ne craignez plus que vous. Ma^iistrats, peuples, rois, 270

Citoyens, tous tant que nous sommes, Tout mortel dans son cœur cache, même à ses yeux,

L'ambition, serpent insidieux.

Arbre impur que déguise une brillante écorce.

L*empire, l'absolu pouvoir 375

Ont, pour la vertu même, une mielleuse amorce. Trop de désirs naissent de trop de force.

Y. 260. Ce vers rappelle celui de Corneille^ Ctnita, I, i :

Et, moaté sur le faite, il aspire à descendre.

▼. W7. « Je le veux, » je Faccorde.

Y. 271. aToiM tant que nous sommes. » Eipression fréqnenle aans La Fontaine. Yoy. Fables, I, Dédie. ; VIII, v et vn ; IX, i ; X, i et ii ; etc. Y. 275. Malherbe, p. 61 : Lui que...

Ton absolu pouvoir a fait son lieutenant.

Y. 270. < Amorce, » c'est le grec 5fA«xp. Euripide, ïVoy., 695 ';

^Ihn StSorJ9» iiXtap àvipt aûv rpôttav.

Les Grecs ont aussi l'expression avoir une amorce. Euripide, Andr., 264 :

Totàvi* ix^ voM SiXtap, •

Y. 277 et suiv. C'est la pensée exprimée par Platon, dans le Gorgias (t. III, p. 160, éd^^Bekker), que les tyrans, les rois, les puissants et les hommes d'État sont'teux qui, à cause de l'absolu pouvoir dont ils sont revêtus, commettent les actions les plus injustes et les plus impies :

A LOriS DAYTD. ««'

Qiii peut tOHt pourra trop vouloir.

Il pCWirra négliger, sûr du commun suffrage,

Et l'équitable humanité, ssc

Et la déoftnce au doux langage.

L'obstacle nous &U grands. Par Tobstacle excité, L*homme, heureux à ponrsuivre une pénible gloire, Va se perdre à Técueil de la prospérité,

Vaincu par sa propre victoire. î85

Mais au peuple surtout sauvez Tabus amer

De sa subite indépendance.

Contenez dans son lit cette orageuse mer.

c *AXXà yàpt w Ka^cx>cc$, Ix r&v juvet;uifty«y eial xul e{ afôipa. "KOWifiOÏ ycyvô/uvec âyO^MTcoc... XoÀciràv yà/3, w Ka>Atx>ccf, xaï iroAJloO tTroc^vou âÇiovy hf /ityAXvi iÇoua^a roûàStxtXv -/cyô/ucvov itxscitai ^co(€cûvac; d^^yoc St yiyvovrai ol -rocoOrec. i>

' y. 279. « Négliger, > manquer à. Négliger a ici la force du latin négligerez comme dans cette phrase que Cicéron [Cat,, \, 7] adresse à Catilina : < Tu... ad negligendas leges... valuisti. s

y. 281. a La décence, » la bienséance, respect des autres et de soimême, que tout homme doit toujours garder dians ses paroles et dans ses actions ; c'est ce que les Grecs appelaient tô Tr^inoy. Cette décence était une qualité essentielle aux yeux d'un Grec.

y. 2S5. Les pensées qu^il développe dans ces strophes peuvent se résumer par ces beaux vers de Pindare, Pyth., IV, 48^ :

'Foc^ioy /ùy yàjO TrôAty ael-

90LI xal àtpavporipotç ' àXX' Inl x'^'"

paç ccu9(( Iffffac du7:ra).è$

Sri v^yrrac, ilientivai

tl fi-^ Btbç aytfiàvg^ai xv6s/»-

variip yivrjTUi.

Ce sont du reste les mêmes sur lesquelles il s'étend dans VAvis aux Françain.

y. 286. Avis aux Français, p. 9 : « Avons-nous pensé que l'on acquéc rait la liberté sans obstacles? Je vois dans toutes les histoires des peuples c libres leur liberté naissante attaquée de mille manières. 9

y. 288. Cette comparaison de la multitude aux flots de la mer est

cxii LE JEU DE PAUME.

Par vous seuls dépouillé de ses liens de fer,

Dirigez sa bouillante enfance.. 2?0

Vers les lois, le devoir, et Tordre, et Téquité,

Guidez, hélas ! sa jeune liberté.

Gardez que nul remords n'en attriste la fête.

Re[*oussant d'antiques afiironts, Qi'il bri'e pour jamais, dans sa noble conquête, 295

Le joug honteux qui pesait sur sa tête.

Sans le poser sur d'autres fronts.

Ah ! ne le laissez pas, dans la sanglante rage

D'un ressentiment inhumain,

Souiller sa cause et votre ouvrage. 300

Ah ! ne le laissez pas, sans conseil et sans frein, Armant, pour soutenir ses droits si légitimes, La torche incendiaire et le fer assassin.

Venger la raison par des crimes.

Peuple ! ne croyons pas que tout nous soit permis. 305

Craignez vos courlisans avides, 0 peuple souverain ! A votre oreille admis. Cent orateurs bourreaux se nomment vos amis.

Ils soufflent des feux homicides.

Aux pieds de notre orgueil prostituant les droits, 310

familière aux poètes, comme l'a remarqué -Dion Chrysostome, (h\ 32, rapportant ces vers d*un poète anonyme :

àviftoi atrrarov xaxàv, xal ôaXâo-oT/f Tcàvô* S/aocov Ûtt' àvifio\J piireÇerac, /. t. )..

Cf. Stanley, jEschyli Commentarius ad Sept. Theb., 64, 116. V. 298. Éd. 1833 et 1839 :

Ah ! ne le laissez pas, dans sa sanglante rage.

V. 506-307. En écrivant ces vers, André sans doute se souvenait des reproches que les poètes et les orateurs ne cessaient d'adresser au peuple

A LOUIS DAVID. ctiii

Nos passions pour eux deviennent lois.

La pensée est livrée à leurs lâches tortures.

Partout cherchant des trahisons, A nos soupçons jaloux, aux haines, aux parjures.

Us vont forgeant d*exécrables pâtures. 5i5

Leurs feuilles , noires de poisons, Sont autant de gibets affamés de carnage.

Ils attisent de rang en rang

La proscription et Toutrage.

Chaque jour dans Tarène ils déchirent le (lanc 520

I)*honinies que nous livrons à la fureur des bêtes. Us nous vendent leur mort. Ils emplissent de sang

Les coupes qu'ils nous tiennent prêtes.

Peuple, la Liberté, d'un bras religieux.

Garde l'immuable équilibre 3%»

De tous les droits humains, tous émanés des cieux. Soii courage n'est point féroce et furieux ;

Et l'oppresseur n'est jamais libre.

Périsse l'homme vil ! périssent les flatteurs.

Des rois, du peuple infâmes corrupteurs ! ?50

d'Athènes pour sa facilité à se laisser duper par les flatteurs. — Aristophane, Chev., 1111 :

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