LIVRE II. — CAMILLE
N'était rien à leurs yeux que fard et que grimace.
Je devais avoir honte : ils ne concevaient pas
Quel charme si puissant m'attirait dans vos bras.
Dans vos bras ! qu'ai-je dit ? Oh non ! Vénus avare
Ne m'a point fait un don qui fut toujours si rare. 80
Si je Tai cru longtemps, après votre serment
Je vous crois, et jamais une belle ne ment ;
Jamais de vos bontés la confidente amie
Ne vint m'ouvrir la nuit une porte endormie,
Et jusqu'au lit de pourpre, en cent détours obscurs, 85
Guider ma main errante à pas muets et sûrs.
Je Tai cru, pardonnez ; mais ce sera, je pense,...
Oui, c'est qu'à mon sommeil plein de votre présence
Un songe officieux, enfant de mes désirs.
M'apporta votre image et de vagues plaisirs. 90
Cette faute à vos yeux doit s'excuser peut-être ;
Même on cite un ingrat qui vous la fit commettre.
Adieu, suivez le cours de vos nobles travaux.
Cherchez, aimez, trompez mille imprudents rivaux.
Je ne leur dirai point que vous êtes perfide, 95
Que le plaisir de nuire est le seul qui vous guide,
Que vous êtes plus tendre, alors qu'un noir dessein.
Pour troubler leur repos, veille dans votre sein ;
Hais ils sauront bientôt, honteux de leur faiblesse.
Quitter avec opprobre une indigne maîtresse. ico
Vous pleurerez, et moi, j'apprendrai vos douleurs
Sans même les entendre, ou rire de vos pleurs.
V. 101. On peut comparer la fin de cette élégie avec Horace, Épodes, XV ; TibuUe, I, ix, 79; et Catulle, VIII. V. 102. Éd. 1826 et 1839:
Sans même les entendre, cl rirai de vos pleurs.
André veut dire qu'il sera complètement indifl'érent aux douleurs de Camille ; qu'il ne rira même pas de ses pleurs.
216 ÉLKlilES.