LIVRE II. — CAMILLE
Ou d'un flanc délicat Télégante noblesse,
Ou d'un luxe poli la savante richesse?
Sais-je persuader à mes rêves flatteurs
Que les yeux les plus doux peuvent être menteurs?
Qu'une bouche où la rose, où le baiser respire, 15
Peut cacher un serpent à l'ombre d'un sourire?
Que sous les beaux contours d'un sein délicieux
Peut habiter un coeur faux, parjure, odieux?
Peu fait à soupçonner le mal qu'on dissimule,
Dupe de mes regards, à mes désirs crédule, 20
Elles trouvent mon cœur toujours prêt à s'ouvrir.
Toujours trahi, toujours je me laisse trahir ;
Je leur crois des vertus dès que je les vois belles.
Sourd à tous vos conseils, ô mes amis fidèles,
Relevé d'une chute, une chute m'attend ; 25
De Charybde à Scylla toujours vague et flottant,
Y. 1^. Pétrone a dit dans un fragment :
Omnis mulier intra pectus celât virus pestilens; Dulce de labris loquunlur, corde vivunt uoxia.
Et Claudien, Éloge de Stilicon, II, 137, en parlant de la Volupté :
Aniicta dolosis
Illecebris,~torvos auro circuinlinit hydros.
Fénelon, Télémnque, I, imitant un passage de Virgile [Églogues, IIÏ, 93) : « Gardez-vous d'écouter les paroles douces et flatteuses de Galypso, qui se glissent comme un serpent sous les fleurs ; craignez ie poison caché. »
V. 26. 0 Yaguet » errant ; c'est le latin vagus. C'est ainsi que Ronsard, Son. pour Hélène, VII, l'a employé, en parlant de Moïse :
Qui, sage, commandas au vagne peuple hébreu.
Les poètes se plaisent toujours à comparer les orages de l'amour à ceux de l'Océan. Ainsi Pétrone, Sat., CXIl :
Crede ratem ventis, animum ne crede puellis.
Horace, Od., ï, xxvii :
Ah ! miser !
Quanta laboras in Charjbdi!
Cf. Méléagre, Anih., V, 190. — Régnier, Sat., VII .
Marquis, voylà le vent dont ma nef est portée,
Et toujours loin du bord jouet de quelque orage^ Je ne sais que périr de naufrage en naufrage.
Ah ! je voudrais n'avoir jamais reçu le jour
Dans ces vaines cités que tourmente Tamour, se
Où les jeunes beautés, par une longue étude,
Font un art des serments et de Tingratitude.
Heureux loin de ces lieux éclatants et trompeurs.
Eh ! qu'il eût mieux valu naître un de ces pasteurs
Ignorés dans le sein de leurs Alpes fertiles, 35
Que nos yeux ont connus fortunés et tranquilles!
Oh ! que ne suis-je enfant de ce lac enchanté
Où trois pâtres héros ont à la liberté
Rendu tous leurs neveux et l'Helvétie entière!
A la triste mercy de la vague inàoiaptée;... Beste ingrat et piteux de l'orage d'amoor.
Malherbe, p. 59 :
La femme est une mer aux naufrages fatale.
Plus loin, p. 154, Malherbe développe encore cette pensée ; Amour a cela de Neptune, etc.
Qui ne connaît ces vers délicieux de La Fontaine, Élégie III :
Me voici rembarqué sur la mer amoureuse,...
Moi pour qui tant de fois elle fut malheureuse,
Qui ne suis pas encor du naufrage essuyé.
Quitte à peine d'un vœu nouvellement payé. *