‹ Poésies de André ChénierChapitre 277 sur 418 · LIVRE II. — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CAMILLE

Faible, dormant encor sur le sein de ma mère, 40

Oh ! que n'ai-je entendu ces bondissantes eaux,

Ces fleuves, ces torrents, qui, de leurs froids berceaux,

Viennent du bel Hasli nourrir les doux ombrages 1

Hasli ! frais Elysée ! honneur des pâturages !

Lieu qu'avec tant d'amour la nature a formé, 45

Où TAar roule un or pur en son onde semé.

Là je verrais, assis dans ma grotte profonde,

La génisse traînant sa mamelle féconde,

Prodiguant à ses fils ce trésor indulgent,

A pas lents agiter sa cloche au son d'argent, 50

Promener près des eaux sa tête nonchalante.

Ou de son large flanc presser Therbe odorante.

Le soir, lorsque plus loin s'étend l'ombre des monts,

Ma conque, rappelant mes troupeaux vagabonds,

Leur chanterait cet air si doux à ces campagnes, 55

Cet air que d'Appenzell répètent les montagnes.

Si septembre, cédant au long mois qui le suit.

Marquait de froids zéphyrs l'approche de la nuit.

Dans ses flancs colorés une luisante argile

Garderait sous mon toit un feu lent et tranquille, 60

Y. 47. Horace, Épodes, II, 61 :

Has inter epulas, ut juvat pastas oves

Videre properantes domum !

Videre fessos vomerem inversum boves

Collo trahenles languido !

Mais André se souvient en même temps de Virgile, Égl. , I, 75 :

Non ego vos posthac, viridi projectus in antro, Dumosa pendere procul de rupe videbo.

Y. 49. < IndulgetUf » avec le sens latin, trésor qu'elle leur partage volontiers.

Y. 62. Éd. 1833 :

Ou de son flanc presser l'herbe odoriférante. Y. 53. Yirgile, Égl, I, 83 :

Majoresque cadunt altis de monUbus umbrœ. Y. 60. C'est le vœu de Tibulle, I, i, 5 :

Me mea paupertas vitœ traducat inerti.

Dum meus exiguo luceat igné focus.

Ou, brûlant sur la cendre à la fuite du jour,

Un mélèze odorant attendrait mon retour.

Une rustique épouse et soigneuse et zélée,

Blanche (car sous Tombrage, au sein de la vallée.

Les fureurs du soleil n'osent les outrager), g5

M'offrirait le doux miel, les fruits de mon verger.

Le lait, enfant des sels de ma prairie humide.

Tantôt breuvage pur et tantôt mets solide.

En un globe fondant, sous ses mains épaissi,

En disque savoureux à la longue durci ; 70

Et cependant sa voix simple et douce et légère

Me chanterait les airs que lui chantait sa mère.

Ilélas ! aux lieux amers oh je suis enchaîné.

Ce repos à mes jours ne fut point destiné.

J'irai : je veux jamais ne revoir ce rivage. 75

V. 61 . ((La fuite du jour, » La remarque de Sénèque sur Virgile trouve ici sa place : « Numquam Yirgilius diem dicit itCf sed fugere. » V. 62. et suiv. Horace, Epod., II, 39 :

Quod si pudica mulier in partem juvet *

Domum atque dulces libères, Sabina qualis aut perusta solibus

Pernicis user Appuli, Sacrum vetustis exstruat lignis focum,

Lassi sub adventum viri ; Claudensque textis cralibus laetum pecus,

Distenta siccel ubera ; Et borna dulci Tina promens dolio, Dapes inemptas apparat.

Saint-Lambert, Éié :

Qu'il revient avec joie à son bumble chaumière Dès que Tastre du jour a fini sa carrière ! Qu'il trouve de saveur aux mets simples et sains Qu'une épouse attentive apprêta de ses mains !

Y. 72. Les chansons des femmes de la vaUée d'Hasli se sont conservées traditionnellement. — Virgile, Géorg., I, 293 : »

Interea, longum cantu solata laborem, Arguto conjux percurrit pectine telas. . .

V. 75 et suiv. Mouvement très-poétiqfue, comme dans Virgile, Égl., X, 50 et sqq. :

Ibo. et, Chalcidico quae sunt mihi condita versu

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