LIVRE II. — CAMILLE
Je veux, accompagné de ma muse sauvage,
Revoir le Rhia tomber en des gouffres profonds,
Et le Rhône grondant sous d'immenses glaçons.
Et d'Arve aux flots impurs la nymphe injurieuse.
Je vole, je parcours la cime harmonieuse 8o
Oîi souvent de leurs cieux les anges descendus.
En des nuages d'or mollement suspendus.
Emplissent Tair des sons de leur voix éthérée.
0 lac, fils des torrents! ô Thun, onde sacrée!
Salut, monts chevelus, verts et sombres remparts 85
Qui contenez ses flots pressés de toutes parts !
Salut, de la nature admirables caprices.
Où les bois, les cités pendent en précipices!
Je veux, je veux courir sur vos sommets touiius;
Je veux, jouet errant de vos sentiers confus, 90
Foulant de vos rochers la mousse insidieuse,
Suivre de mes chevreaux la trace hasardeuse ;
Et toi, grotte escarpée et voisine des cieux
Qui d'un ami des saints fus l'asile pieux.
Voûte obscure où s'étend et chemine en silence ~ 95
Carmina, pastoris Siculi inodulabor avena... Interea mixiis lustraho Mœnala nymphis, etc.
Éd. 1826 et 1839 :
J'irai : je veux encor visiter ce rivage.
André était sans doute en Angleterre quand il composa cette élégie ; il Tcut aller revoir le Rhin, le Rhône, l'Arve, mais c'est le rivage anglais qu'il ne veut jamais revoir.