LIVRE III. — FANNY. î
Nous ne te verrons plus, quand de moissons couverte La campagne d'été rend la ville déserte ; Dans Tenclos paternel nous ne te verrons plus, De tes pieds, de tes mains, de tes flancs demi-nus, io
Presser Therbe et les fleurs dont les nymphes de Seine Couronnent tous les ans les coteaux de Lucienne. L'axe de l'humble char à tes jeux destiné. Par de fidèles mains avec toi promené.
Ne sillonnera plus les prés et le rivage. is
Tes regards, ton murmure, obscur et doux langage, N'inquiéteront plus nos soins officieux ; Nous ne recevrons plus avec des cris joyeux Les efforts impuissants de ta bouche vermeille A bégayer les sons offerts à ton oreille. 20
Adieu, dans la demeure où nous nous suivrons tous, > Où ta mère déjà tourne ses yeux jaloux.
A FANNY
Non, de tous les amants les regards, les soupirs Ne sont point des pièges perfides.
120 ; Anacréon, LYI ; Antipater, Âhth.f VIT, 467. Racine a dit dans Phè^
dre, II, I :
Mais qii'il n'a pa sortir de ce triste séjour, Et repasser les l)ords gu^on passe sans retour.
La même pensée se rencontre chez les poètes juifs : Job, Ylf, ii, 9 ; Sagesse, II, I, 5.
Yj 7. C'est le même sentiment que, dans Euripide {Hipp., 1126), exprime le chœur lorsqu'il adresse de touchants adieux au malheureux llippolyte exilé de Trézène.
V. 20. C'est par un tableau semblable que Stace, Silv,, II, i, 101,
nous dépeint l'enfance du fils de Mélior et la joie de son père :
Tu lamen et mutas tum murmure voces Vagilumque rudcm, fletumquc infantis amabas.
II. — V. 1. Cette négation, jetée brusquement cta avant de la phrasé
288 éLËGIES.
Non, à tromper des cœurs délicats et timides
Tous ne mettent point leurs plaisirs.
Toujours la feinte mensongère 5
Ne farde point de pleurs, vains enfants des désirs,
Une insidieuse prière.
Non, avec votre image, artifice et détour,
Fanny, n'habitent point une âme ; Des yeux pleins de vos traits sont à vous. Nulle femme lu
Ne leur parait digne d'amour.
Ah ! la pâle fleur de Clytie Ne voit au ciel qu'un astre ; et l'absence du jour
Flétrit sa tête appesantie.
Des lèvres d'une belle un seul mot échappé 15
Blesse d'une trace profonde Le cœur d'un malheureux qui ne voit qu'elle au monde.
Son cœur pleure en secret frappé,
Quand sa bouche feint de sourire.
donne au style une poétique rapidité ; c'est là cette allure franche et hardie qu'on admire souvent dans Malherbe. Kous avons déjà vu, livre II, une élégie commençant ainsi :
Non, je ne l'aime plus : un autre la possède.
Racine a commencé plusieurs tragédies par oui :
Oui, je viens dans son temple adorer rÉternel.
Oui, puisque je retrouve un ami si iidèie.
Dui, c*ehl Âgamemnon, c'est ton roi qui l'éveille,
y. 6. Corneille a dit dans Rodogune, II, iv :
Qe ses pleurs tant vantés je découvre le fard.
V. 12. Clytie [Ovide, 3/eY., IV, 264) se mourant d'amour pour Apollon t
Nec se movit humo : lantum spectabat euntis Oradei; vultusque suo» flectebal ad illum.
Pamy, dans le poëme des Fleurs :
Voyez ici la jalouse Clytie Durant la nuit se pencher tristemcnf, Puis relever sa tête appesantie Pour regarder son iufidèlc amant.