‹ Poésies de André ChénierChapitre 289 sur 418 · LIVRE ni. — FANNY · texte numérisé non relu

LIVRE ni. — FANNY

J'ai vu sur d'autres yeux, qu'amour faisait sourire,

Ses doux regards s'attendrir et pleurer, r

Et du miel le plus doux que sa bouche respire Un autre s'enivrer.

"Et quand sur mon visage un trouble involontaire 5

Exprimait le dépit de mon cœur agité,

Un coup d'oeil caressant, furtivement jeté,

Tempérait dans mon sein cette souffrance amère, '

Ah ! dans le fond de ses forêts,

Le ramier, déchiré de traits, lO

Gémit au moins sans se' contraindre;

Et le fugitif Actéon,

Percé par les traits d'Orion,

Peut l'accuser et peut se plaindre.

peut mettre sur la trace de la pensée d'André ; et il nous semble qu'on pourrait terminer cette strophe ainsi :

Les perles de la poésie Forment sous leurs doigts d'ambrosie D'un collier le brillant contour.

Viens, Fanny, que ma main suspende Sur ton sein cette noble offrande, Tendre marque d'un si beau jour.

IV. — V. 12 et 14. Actéon, ayant surpris Diane au bain, fut changé en cerf et déchiré par ses chiens; voy. Nonnus, Dionys., V, 287; Ovide, Mét.f III, 131. — Orion fut tué par Diane; il est célèbre par sa beauté et par l'amour que l'Aurore conçut pour lui. Voy. Odyssée, V, 121; Schol. Théoc., VII, 5i ; Apollonius, I, iv; Manilius, Astr , î, 383 ; Diodore, IV, uixv. II ne faut pas prendre au propre ce qu'André dit ici au figuré, ni vouloir y trouver un fait de mythologie qui serait inexact; et c'est pour cela que nous avons multiplié les références. Il ▼eut d^re : Et le fugitif cerf (un Actéon), percé par les traits d'un

292 ÉLË6IES.

A FANNY

Fanny, Theureux mortel qui près de toi respire Sait, à te voir parler et rougir et sourire, De quels hôtes divins le ciel est habité. La grâce, la candeur, la naïve innocence

Ont, depuis ton enfance, .6

De tout ce qui peut plaire enrichi ta beauté.

chasseur (d'un ûrion], etc. Mais il faudrait un déterminatif [pronom, article défini ou indéfini], comme dans La Fontaine, Fab,, VI, xvin :

Le Phaiton d'une Toiture à foin.

Et Fab,, VII, xm :

Plus d'une Hélène au beau plumage, \

C'est une faute que nous avons déjà relevée dans les Poé»ieê antiques, Élég., V, 12.

V. — V. 1. C'est le début de l'ode célèbre de Sappho (Longin, de SubL, VIII) :

^ahtral /uoc x^vof tvoç BsùXaw ifA/it¥ àvYipf &Triç ivavrioirat îaiAvsif xal TzXavlov aSù ^oiyâ-

aai a* UTraxoûee, xœl ys)itkXi {/uc/sôcv, rô fiot' /màv xapiiav iv 9Tii0(7iy iitrôavtv.

La traduction de Catulle, LI, est trop célèbre pour ne pas être citée ici :

nie par esse deo videtur,

nie, si fas est, superare divos.

Qui sedens adversus identidem te

Spectat et audit Dulce ridentem, misero quod omnes Eripit sensus mihi

Rufin a ce vers dans une épigramme (Anth., V, M) :

*Bfi(Btoi S* 0 ffiï&v • àOivaTOi ^' o ya/uifiy.

Cf. Ronsard, ilm., II» Chanson; Malherbe, p. 140.

£,/VKE m. — PANNY. 293

Sur tes traits, où ton âme imprime sa noblesse,

Elles ont su mêler aux roses de jeunesse

Ces roses de pudeur, charmes plus séduisants,

Et remplir tes regards, tes lèvres, ton langage, 10

De ce miel dont le sage Cherche lui-même en vain à défendre ses sens.

Oh ! que n'ai-je moi seul tout Téclat et la gloire

Que donnent les talents, la beauté, la victoire,

Pour fixer sur moi seul ta pensée et tes yeux ; 15

Que, loin de moi, ton cœur fût plein de ma présence.

Comme, dans ton absence.

Ton aspect l^ien-aimé m*âst présent en tou6 lieux!

Je pense : Elle était là ; tous disaient : a Qu'elle est belle ! » Tels furent ses regards, sa démarche fut telle, ao

Et tels ses vêtements, sa voix et ses discours. Sur ce gazon assise, et dominant la plaine,

Des méandres de Seine, Rêveuse, elle suivait les obliques détours.

Ainsi dans les forêts j'erre avec ton image ; 25

Ainsi le jeune faon, dans son désert sauvage. D'un plomb volant percé, précipite ses pas. Il emporte en fuyant sa mortelle blessure ;

Couché près d'une eau pure.

Palpitant, hors d'haleine, il attend le trépas. so

Y. 15 et 16. Afin d'éviter l'ellipse de pour devant que, éd. 1826 :

Pour, flxant sur moi seul ta pensée et tes yeux, Que, loin de moi, ton cœur soit loin de ma présence.

Y. 26. Cf. Élég., II, xxiv, 23.

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