LIVRE III. — FANNY
Quand un regard nous trouble et le cœur et la voix.-
Qui cherche les pas d'une belle, Qui peut ou s'égayer ou gémir auprès d'elle, 55
De ses jours peut porter le poids.
J'aime ; je vis. Heureux rivage !
Tu conserves sa noble image, Son nom, qu'à tes forêts j'ose apprendre le soir,
Quand, l'ànie doucement émue, 40
J'y reviens méditer l'instant où je l'ai vue.
Et l'instant où je dois la voir.
Pour elle seule encore abonde
Cette source, jadis féconde, Qui coulait de ma bouche en sons harmonieux. 45
Sur mes lèvres, tes bosquets sombres Forment pour elle encor ces poétiques nombres,
Langage d'amour et des dieux.
Ah ! témoin des succès du ciîme, •
Si l'homme juste et magnanime se
Pouvait ouvrir son cœur à la félicité,
Versailles, tes routes fleuries.
Ton silence, fertile en belles rêveries.
N'auraient que joie et volupté.
Mais souvent tes vallons tranquilles, 55
Tes sommets verts, tes frais asiles.
Tout à coup à mes yeux s'enveloppent de deuil.
J'y vois errer l'ombre livide D'un peuple d'innocents, qu'un tribunal perfide
Précipite dans le cercueil. 60