‹ Poésies de André ChénierChapitre 318 sur 418 · A DE PANGE · texte numérisé non relu

A DE PANGE

Le banquet des amis, et quelquefois, les soirs.

Le baiser jeune et frais d'une blanche aux yeux noirs.

Il ne faut point qu'il dompte un ascendant suprême,

Opprime son génie et s'éteigne lui-même, lO

Pour user, sans honneur, et sa plume et son temps

A des travaux obscurs tristement importants.

11 n'a point pour pousser sa barque vagabonde,

A se précipiter dans les flots du grand monde ;

Il n'a point à souffrir vingt discours odieux i^

De raisonneurs méchants encor plus qu'ennuyeux,

Tels qu'en de longs détours de disputes frivoles

Hurlent de vingt partis les prétentions folles.

Prêtres et gens de cour, ambitieux tyrans.

Nobles et magistrats, superbes ignorants, 20

Tous vieux usurpateurs et voraces corsaires,

Et dignes héritiers de l'esprit de nos pères.

Il n'entend point tonner le chef-d'œuvre ampoulé

D'ui> sourcilleux rimeur au fauteuil installé.

Il ne doit point toujours déguiser ce qu'il pense, 25

Imposer à son âme un éternel silence,

Trahir la vérité pour avoir du repos.

Et feindre d'être un sot pour vivre avec les sots.

V. 9. Vascendant est la destinée particulière qui entraîne TindÎTidu. Y. 13. Malherbe, p. 112 :

Maia quoi ! ma barque vagabonde Est dans les sirles bien avant, Et le plaisir la décevant, Toujours l'emporte au gré de l'onde.

y. 14. Horace a dit, ÉpU,, I, i, 16 .

Nunc agilis fio, et mersor civilibus undis.

y. 24. a Sourcilleux, j> qui fait l'important, présomptueux, superci liosui.

0 fils du Mincius, je te salue, ô toi

Par qui le dieu des arts fut roi du peuple-roi !

Et vous, à qui jadis, pour créer l'harmonie,

L'Attique et Tonde Egée, et la belle lonie.

Donnèrent un ciel pur, les plaisirs, la beauté, 5

Des mœurs simples, des lois, la paix, la liberté,

Un langage sonore aux douceurs souveraines^

Le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines !

V. i . « Fils du Mincius, » Virgile. — L'exorde rappelle celui qui ouvre le troisième chant du poëme de Lucrèce.

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