VII. — Publié par M. Egger. Lucrèce, I
Humana ante oculos fœde cum vita jaceret In terris oppressa gravi sub relligione, Qu» caput a cœli regionibus ostendebat, Horribili super aspectu mortalibus in^tans : PrimuDi Graitts homo mortaleis toUere contra Est oculos ausus, primusque obsistere contra : Quem nec fama deum, nec fulmina, nec minitanti Murmure compressit cœlum, sed eo raagis acrem Virtutem irritât animi, confringere ut arcta Natune primus portarum claustra capiret.
Ergo vivida vis animi pervicit, et extra Processit longe flammantia mœnia mundi Atque omne immensum peragravit mente animoque : Unde refert nobis victor, quid possit oriri, Quid nequeat ; finita potestas denique quoique Quanam sit ratione, atque allé terminus haerens : Quare relligio pedibus subjecta vicissim Obteritur, nos exœquat Victoria oœlo.
V^ 13. Selon M. Patin, ce vers se lit déjà dans la Pucelle de Chapelain , c*e8t sans doute, remarque avec raison M. Egger, l'effet d'une rencontre fortaîte plutôt que d'une imîtatiou.
Perça tous les sentiers de cette nuit profonde,
Et de l'immensité parcourut les déserts. 15
Il nous dit quelles lois gouvernent Tunivei's,
Ce qui vit, ce qui meurt, et ce qui ne peut être.
La religion tombe et nous sommes sans maître ;
Sous nos pieds, à son tour, elle expire, et les cieux
Ne feront plus courber nos fronts victorieux. ço
YIII. — Après avoir exposé le pacte social, après avoir décrit la marche ascensionnelle de Thumanité des ténèbres à la lumière, André se proposait de tracer une esquisse de Tinvcntion des arts et des sciences. Le fragment considérable qui suit est relatif à Tart de récriture et à la science du langage :
Avant que des Ëtats la base fût constante,
Avant que de pouvoir, à pas mieux assurés,
Des sciences, des arts monter quelques degrés,
Du temps et du besoin l'inévitable empire
Dut avoir aux humains enseigné l'art d'écriie. 5
D'autres arts l'ont poli ; mais aux arts, le premier.
Lui seul des vrais succès put ouvrir le sentier.
Sur la feuille d'Egypte ou sur la peau ductile,
Même un jour sur le dos d'un albâtre docile.
Au fond des eaux formé des dépouilles du lin, 10
VIII. — V. 1. Cf. Lucrèce, V, 1459. On peut rapprocher de Lucrèce et d'André le début des Agronomiques de Manilius et les vers de Boileau, Artpoét.f Vf, sur la naissance et l'influence première de la poésie, lequel débute avec le ton d*André :
Avant que la raison, s' expliquant par la voix, Efit instruit les humains, eût enseigné les lois, etc.
Toy. aussi Tode de J.-B Rousseau, II, z» Sur la Mort du prinrc :1e Conti. Éd. 1826.
Avant que des cités la base fût constante. y. 8. Sur le papyrus, voy. Pline, Hist, tial., XIII, xi et ui.
Une main éloquente, avec cet art divin,
Tienty fait voir Tinvisible et rapide pensée.
L'abstraite intelligence et palpable et tracée;
Peint des sons à nos yeux, et transmet à la fois
Une voix aux couleurs, des couleurs à la voix. 15
Quand des premiers traités la fraternelle chaîne
Commença d'approcher, d*unir la race humaine,
La terre, et de hauts monts, des fleuves, des forêts,
Des contrats attestés garants sûrs et muets.
Furent le livre auguste et les lettres sacrées 20
Qui faisaient lire aux yeux les promesses jurées.
Dans la suite peut-^tre ils voulurent sur soi
L*un de lautre emporter la parole et la foi :
Ils surent donc, broyant de liquides matières.
L'un sur l'autre imprimer leurs images grossières, 25
Ou celle du témoin, homme, plante ou rocher.
Qui vit jurer leur bouche et leurs mains se toucher.
De là, dans l'Orient ces colonnes savantes,
Rois, prêtres, animaux, peints en scènes vivantes.
De la religion ténébreux monuments, 30
Pour les sages futurs laborieux tourments,
Archives de l'État, où les mains politiques
Traçaient en longs tableaux les annales publiques.
De là, dans un amas d'emblèmes captieux.
Pour le peuple ignorant monstres religieux, 35
Des membres ennemis vont composer ensemble
Un seul tout, étonné du nœud qui le rassemble :
Un corps de femme au front d'un aigle enfant des airs
V. 22. « Sur soi, » sur leur corps. H fait allusion au tatouage. V. 28. Il désigne les monuments hiéroglyphiques de l'Egypte, couver; 3 de l'écriturd sacrée, connue des prêtres et ignorée de la foule. V. 37. Voltaire a ce vers dans le chant I de la Henriade:
Trois pouToirs étonnés du nœud qui les rassemble.
382 POËVES.
Jmat récaille ^ les flancs d'un hahitant des men.
Cet art simple et grossier nous a suffi peiitretre 40
Tant qae tons nos discours n'ont su voir ni oonnaùtre
Que les objets présents dans la nature épars.
Et que tout notre esprit était dans nos regards.
Mais on vit, quand vers l'homme on apprit à descendre.
Quand il Êillut fixer, ncHnmer, écrire, entendre, 45
Du cœur, des passions les plus secrets détours.
Les espaces du temps ou plus longs ou plus courts.
Quel cercle étroit bornait cette antique écriture.
Plus on y mit de soins, plus incertaine, obscure.
Du sens confus et vague elle épaissit la nuit. so
Quelque peuple à la fin, par le travail instruit.
Compte combien de mots l'héréditaire usage
A transmis jusqu'à lui pour former un langage.
Pour chacun de ces mots un signe est inventé.
Et la main qui Tentend des lèvres répété 55
Se souvient d'en tracer cette image fidèle ;
Et sitôt qu'une idée inconnue et nouvelle
Grossit d'un mot nouveau ces mots déjà nombreux,
Un nouveau signe accourt s'enrôler avec eux.
C'est alors, sur des pas si faciles à suivre, so
Que l'esprit des humains est assuré de vivre ;
C'est alors que le fer à la pierre, aux métaux,