‹ Poésies de André ChénierChapitre 382 sur 418 · LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS · texte numérisé non relu

LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS

Un jour le rat des champs, ami du rat de ville.

Invita son ami dans son rustique asile.

Il était économe et soigneux de son bien ;

Mais l'hospitalité, leur antique lien.

Fit les frais de ce jour comme d'un jour de fête. 5

Tout fut prêt : lard, raisin, et fromage, et noisette.

H cherchait par le luxe et la variété

A vaincre les dJgoûts d'un hôte rebuté,

Qui, parcourant de l'œil sa table oiYicieuse,

Jetait sur tout à peine une dent dédaigneuse. 10

VU. — Traduit d'Horace, Sat., If, vi, 80. — On trouve cette fable dans Ésope, dans Babrius, dans Aphthonius, dans La Fontaine, et encore dans beaucoup d'autres recueils. Il ne faudrait pas croire qu'André, en traitant à son tour ce sujet, ait voulu surpasser ses prédécesseurs. Non ; c'est ici le moraliste qui se laisse séduire, comme Horace^ à la belle pensée que recouvre cet apolc^uc.

V. 10. « Une dent dédaiynettse. » Horace : <i Dente ntperbo. « La Fontaine, dans la fable du Héron (YII, iv) :

Le mets ne lui plut pas; il s'attendait à mieui, . Et montrait un goût dédaigneux, Comme Je rat du bon Horace.

Et lui, d*orge et de blé faisant tout son repas. Laissait au citadin les mets plus délicats.

« Ami, dit celui-ci, veux-tu dans la misère

Vivre au dos escarpé de ce mont solitaire.

Ou préférer le monde à tes tristes forêts ? is

Viens ; crois-moi, suis mes pas ; la ville est ici près :

Festins, fêtes, plaisirs y sont en abondance.

L'heure s'écoule, ami ; tout fuit, la mort s'avance :

Les grands ni les petits n'échappent à ses lois ;

Jouis, et te souviens qu'on ne vit qu'une fois. » ao

Le villageois écoute, accepte la partie :

On se lève, et d'aller. Tous deux de compagnie,

Nocturnes voyageurs, dans des sentiers obscurs

Se glissent vers la ville et rampent sous les murs.

La nuit quittait les cieux quand notre couple avide 25

Arrive en un palais opulent et splendide.

Et voit fumer encor dans des plats de vermeil

Des restes d'un souper le brillant appareil.

L'un s'écrie, et, riant de sa frayeur naïve,

L'autre sur le duvet fait placer son convive, 30

S'empresse de servir, ordonner, disposer,

Va, vient, fait les honneurs, le priant d'excuser.

Le campagnard bénit sa nouvelle fortune ;

Sa vie en ses déserts était âpre, importune :

La tristesse, l'ennui, le travail et la faim. 35

Ici, l'on y peut vivre ; et de rire. Et soudain

Des valets à grand bruit interrompent la fête.

On court, on vole, on fuit ; nul coin, nulle retraite.

Les dogues réveillés les glacent par leur voix ;

Toute la maison tremble au bruit de leurs abois. 40

Alors le campagnard, honteux de son délire :

« Soyez heureux, dit-il ; adieu, je me retire, Et je vais dans mon trou rejoindre en sûreté Le sommeil, un peu d*orge et la tranquillité. »

J'ai habité parnp les Anglais. .. Français, votre jeunesse n'apprend rien de bon chez eux... faire courir des chevaux, des paris ruineux... un jeu!... Ils ont une bonne constitution, il faut Timiter,... pourvu que nous n'imitions pas leur indifférence à la chose publique... Quand tous les membres sont vendus, les citoyens se partagent en factions; Tun est pour celui-k^i, pour celui-là, nul n*est pour la patrie... l'argent effronté, la corruption ouverte et avouée...

Nation toute à vendre à qui peut la payer ;

Laissons là les Anglais,

Laissons leur jeunesse. . . . mélancolique,

Au sortir du gymnase ignorante et rustique.

De contrée en contrée aller au monde entier S

Offrir sa joie ignoble et son faste grossier.

Promener son ennui, ses travers, ses caprices,

A ses vices partout ajouter d'autres vices,

V. 44. [Ce mélange d'objets disparates convient au style de la comédie et de la fable. Ainsi Aristophane, Nuées f 51, nous montre la femme de Strepsiade exhalant une odeur

.... Mûjoou, xp6xo\)f xoc.r<nyXotTrt9u.irotv, Sunivyiii XoLfxjyfiov, KuAcà^of, Fcveru/Ae^Of.

Et, Nuées, 1007 :

Z/iiXaxoi IÇeav, xctl ànpocyiiovûvTfiif xal Xsxjxij^ ^uAÀoêoAoû^S.

Delille a dit t

GulUver son jardin, son esprit et ses vers»

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