‹ Poésies de André ChénierChapitre 383 sur 418 · BOISSONADE · texte numérisé non relu

BOISSONADE

VIII. — Nous rétablissons cette pièce telle c|ue M. de Latouche l'a

donnée dans la Revue de Paris, àVec le frafrinent en prose qui la précède.

Vi 1 et 2t Dans les éd. 1833 et 1839 Tordre de ces vers est interverti»

Et prés^ter au ris du public indulgent

Soi3 insolent orgueil fondé sur quelque argent. 10

Les poètes anglais, trop fiers pour être esclaves,

Ont même du bon sens rejeté les entraves.

Dans leur ton uniforme en leur vaine splendeur.

Haletants pour atteindre une fausse grandeur,

Tristes comme leur ciel toujours ceint de nuages, io

Enflés comme la mer qui blanchit leurs rivages.

Et sombres et pesants comme l'air nébuleux

Que leur île farouche épaissit autour d'eux ;

Du génie étranger détracteurs ridicules,

D'eux-mêmes et d'eux seuls admirateurs crédules, . ao

Et pourtant quelquefois, dans leurs écrits nombreux.

Dignes d'être admirés par d'autres que par eux.

La Liberté

Fut, comme Hercule, en naissant invincible. Ses yeux, ouverts d'un jour, dictaient sa volonté, Et son vagissement était mâle et terrible.

De rampants messagers des dieux 5

Espéraient, l'attaquant dans ses forces premières. Étouffer en un jour son avenir fameux.

Ses enfantines mains, robustes, meurtrières.

Teignirent de sang venimeux San berceau formidable et ses langes guerrières. io

V. 15. Voilà la même expression dans Virgile, En , V, 43 : lieu I quianam tanti ciuxerunt slhera nimbi.

V. — V. 5. Alcmène, femme d'Amphitryon, avait eu Hercule cl Iphiclus de Jupiter; Junon, jalouse de ce nouveau larcin du dieu, envoie

YI

Voyez rajeunir d'âge eu âge

L'autique et naïve beauté \

De ces Muses dont le langage Est brillant, comme leur visage, De force, de douceur, de grâce et de fierté. &

De ce cortège de la Grèce Suivez les banquets séducteurs; Mais fuyez la pesante ivresse * De ce faux et bruyant Permesse Que du Nord nébuleux boivent les durs chanteurs. iO

Ah ! j'atteste les cieux que j*ai voulu le croire. J'ai voulu démentir et mes yeux et l'histoire. Mais non ! il n'est pas vrai que les cœurs excellents Soient les seuls en effet où germent les talents. Un mortel peut toucher une lyre sublime,

deux serpents pour dévorer les enfants cpii dormaient dans un bouclier leur berceau ; mais Hercule, de ses enfantines mains, étouffa les rampants messagers des dieux [Théocrite, Id.t XXI Y).

VIL — [Il serait dur, mais pas trop invraisemblable, de conjecturer qu'en écrivant ces vers, Chénîer a pu songer au jour où il se sentit déçu et blessé dans son admiration première pour Le Brun. Saintb-Beove.J Ce morceau, ainsi que le suivant, a une allure didactique très-sensible. Il doit appartenir à une composition beaucoup plus étendue dont le plan existe peut-être dans les manuscrits d'André Chénier. Dans ce cas, nous ne pourrons savoir quelle a pu être la p?nsée du poète que lorsque ce plan aura été publié. Toutefois la conjecture de M. Sainte-Beuve ne nous paraît pas dénuée de probabilité. Une lyre sublime pourrait bien être celle de Le Brun.

Et n'avoir qu'un cœur faible, étroit, pusillanime,

Inhabile aux vertus qu'il sait si bien chanter,

Ne les imiter point et les faire imiter.

Se louant dans autrui, tout poète se nomme

Le premier des mortels, un héros, un grand homme. lo

On prodigue aux talents ce qu'on doit aux vertus;

Mais ces titres pompeux ne m'abuseront plus.

Son génie est fécond, il pénètre, il enflamme ;

D'accord. Sa voix émeut, ses chants élèvent l'âme;

Soit. C'est beaucoup, sans doute, et ce n'est point assez. 15

Sait-il voir ses talents par d'autres effacés?

Est-il fort à se vaincre, à pardonner l'offense?

Aux sages méconnus qu'opprime l'ignorance

Prête-t-il de sa voix le courageux appui ?

Vrai, constant, toujours juste, et même contre lui, 20

Homme droit, ami sûr, doux, modeste, sincère,

Ne verra-t-on jamais l'espoir d'un beau salaire,

Les caresses des grands, l'or ni l'adversité

Abaisser de son cœur l'indomptable fierté?

Il est grand homme alors. Mais nous, peuple inutile, 25

Grands hommes pour savoir avec un art facile,

Des syllabes, des mots, arbitres souverains.

En un sonore amas de vers alexandrins.

Des rimes aux deux voix famille ingénieuse.

Promener deux à deux la file harmonieuse ! 30

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