‹ Poésies de André ChénierChapitre 40 sur 418 · V. 61. VirgUe, ^»., V · texte numérisé non relu

V. 61. VirgUe, ^»., V

Gratior et pulchro veniens in corpcMre virtus.

iO POÉSIES ANTIQUES.

Un palmier, don du ciel, merveille de la terre. Vous croîtrez, comme lui, grands, féconds, révérés. Puisque les malheureux sont par vous honorés. ^ Le plus âgé de vous aura vu treize années : A peine, mes enfants, vos mères étaient nées, 70

Que j'étais presque vieux. Assieds-toi près de moi. Toi, le plus grand de tous; je me confie à toi. Prends soin du vieil aveugle. — 0 sage magnanime ! Comment, et d'où viens-tu ? car Tonde maritime Mugit de toutes parts sur nos bords orageux. 75

— Des marchands de Symé m'avaient pris avec eux.

J'allais voir, m'éloignant des rives de Carie,

Si la Grèce pour moi n'aurait point de patrie.

Et des dieux moins jaloux, et de moins tristes jours ;

Car jusques à la mort nous espérons toujours. 80

V. 69. L'aveugle, qui ne peut juger qu'approximativement, emploie le futur antérieur. Il exprime ici Tidée du passé réunie à celle du doute. L'éditeur de 1826 n'a pas compris ce vers et a mis :

Le plus âgé de vous aura vu cent années.

Y. 73. Sophocle, Œd. à Col., 21 ;

KaTiÇi vuv fUf xal ^ûJlaTffe rôv ru^^ov. V. 74. Nausicaa dit à Ulysse [Odyssée, VI, 204) :

Olxiofiiv S' ànivtvdSf noXMMvra Ivl Trôvroi,

Millevoye a souligné le mot maritime^ le blâmant sans doute. André lui-même, dans la Jeune Tarentine, a dit la vague marine. Ici il emploie <r maritime d comme synonyme de a marine ; 9 ce que faisaient les Latins. Gicéron, de Nat. deor., II, 7, appelle les marées œstus tnarilimi.

y. 76. Selon une conjecture très-ingénieuse de M. Âdert, il faut lire Symé et non Cymé, que donnent les précédentes éditions. Symé est une petite île située sur la côte de Carie (Strabon, XIY, 11, 14), et peu connue, ainsi qu'il convient ici. En effet, au vers 116, le poëte voue Symé à l'obscurité : « Que ton nom dans l'oubli demeure enseveli ! a Ghénier n'aurait donc pu, malgré VÉpigramme aux Cyméens, qui n'est sans doute pas d'Homère, faire choix de Cymé, ville relativement célèbre, et qui, patrie d'Hésiode et d'Ëphorus (Strabon, XIII, m, 6), se vantait aussi d'avoir donné le jour à Homère.

Mais, pauvre et n*ayant rien pour payer mon passage, Us m'ont, je ne sais où, jeté sur le rivage.

— Harmonieux vieillard, tu n'as donc point chanté? Quelques sons de ta voix auraient tout acheté.

— Enfants ! du rossignol la voix pure et légère 85 N'a jamais apaisé le vautour sanguinaire,

Et les riches, grossiers, avares, insolents.

N'ont pas une âme ouverte à sentir les talents.

Guidé par ce bâton, sur l'arène glissante.

Seul, en silence, au bord de l'onde mugissante, do

J'allais, et j'écoutais le bêlement lointain

De troupeaux agitant leurs sonnettes d'airain.

Puis j'ai pris cette lyre, et les cordes mobiles

Ont encor résonné sous njes vieux doigts débiles.

Je voulais des grands dieux implorer la bonté, 95

Et surtout Jupiter, dieu d'hospitalité.

Lorsque d'énormes chiens à la voix formidable

Y. 85. Allusion à une fable racontée par Hésiode, Op. et dies, 202, dans laquelle le poëte semble se comparer au rossignol déchiré par répervier.

Y. 88. Yoyez ci-dessus, v. 18. — Éd. 1826 :

N'ont pas une âme ouverte à la douceur des chants.

Y. 89. a Guidé par ce bâton, 9 hacûlo prœtenlans Uer, ainsi que Sénèque, Œd,, 657, a traduit l'expression de Sophocle, dans' OEdiiw roi, 464 (Musg.) : a Ix^urpa npêBetxvxjç, »

Y. 90. Iliade, I, 34 :*

Ce vers sonore d'Homère devait revenir à la mémoire d'André, comme une sorte de formule harmonique. C'est au même titre qu'Homère luifloéme l'a employé une seconde fois, Iliade, IX, 182, et que nous le retrouTons dans un fragment des Chants cypriens conservé par Athénée, Ylir, III, p. 334, C.

y. 95. Les < grands dieux » étaient, on le sait, au nombre de douze.

Y. 96. Zevç Çévtoî, Iliade, XIII, 624 et passim. Ronsard, Franciadet II, appelle Jupiter le dieu Xénien. Voy. le Mendiant, 31*

Sont venus m*assaillir ; et j'étais misérable,

Si vous (car c'était vous), avant qu'ils m'eussent pris,

N'eussiez armé pour moi les pierres et les cris. ico

— Mon père, il est donc vrai : tout est devenu pire? Car jadis, aux accents d'une éloquente lyre,

Les tigres et les loups, vaincus, humiliés.

D'un chanteur comme toi vinrent baiser les pieds.

— Les barbares ! J'étais assis près de la poupe. lOo Aveugle vagabond, dit l'insolente troupe.

Chante : si ton esprit n'est point comme tes yeux.

Amuse notre ennui ; tu rendras grâce aux dieux...

J'ai fait taire mon cœur qui voulait les confondre ;

Ma bouche ne s'est point ouverte à leur répondre. iio

Us n'ont pas entendu ma voix, et sous ma main

J'ai retenu le dieu courroucé dans mon sein.

V. 98. Racine, Frères ennemis , T, i, a employé de même le mot misérable :

Nous voici donc, hélas I à ce jour détestable Dont la seule frayeur me rendait misérable.

V. 100. Sur le verbe armer, voy. le Jeu de Paume, v. 198. — Daiis une traduction de la Bible antérieure à l'époque d'André, on trouve cette phrase [Deut., xxxn, 24) : alarmerai contre eux les dents des bétes farouches, d

V. 102. La lyre d'Orphée; voy. Virgile, Géorg., IV, 507; Properce, . IV, II ; etc. Horace, dans VArt poétique, 591, rappelle aussi les premiers: hommes adoucis par la lyre d'Orphée :

Dictus ob hoc lenire tigres, rabidosque leones.

y. 107. Les poètes se plaisent à comparer la vue des yeux et la vue de l'esprit. Soph., (Ed. roi, 371 :

TvfXbi Tx T* wra tov ti vowv râ r OfniMcr' «t.

Y. 110. Ma bouche ne s'est point ouverte pour leur répondre, ad respondendum illis. Virgile, Enéide, II, 246, a dit :

Tune etiam fatis aperit Cassandra futuris Ora

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