A MADEMOISELLE DE COIGNY
Blanche et douce colombe, aimable prisonnière. Quel injuste ennemi te cache à la lumière?
Y. 13 et suiv. Ce sont les poétiques accents de Lucrèce, II, 355:
At mater virideis sallus orbata peragrans, Linquit humi pedibus vestigia pressa bisulcis, Omnia coavisens oculis loca, si queat usquam Conspicere amissum fœtum ; completque querelis Frondiferum nemus adsistens; et crebra revisit Ad stabulum, desiderio perfixa juvenci.
Y. 14. Ce sein retentisRcuU est antique et bien beau. C'est ainsi que dans Homère, //., XYIII, 30, les femmes pleurent la mort de Patrocle :
Xc/9drl ^k Ttàvai
9T^Qsst 7i<7tA>jyoyTO
Y. 15. Yirgile,^n..IY,68:
Uritur infelix Dido, lotaque vagatur
Urbe furens
Y. 18. Mater dolorosa.
Y. 19. « L'étranger, » c'est le ç/vos des Grecs, qui signifie souvent ce que nous entendons par un passant.
IL — Oubliant la triste réalité de la prison, André s'efforce de plier ses accents aux douces lois de la poésie ; il revient à Tidylie de sa jeunesse, à la gracieuse allégorie des Co^om6<r«, et sa pensée s'encadre dans un refrain qui lui donne un air ancien.
SAINT-LAZAUE. 401
Je t'ai vue aujourd'hui (que le ciel était beau !)
Te promener longtemps sur le bord du ruisseau,
Au hasard, en tous lieux, languissante, muette, i
Tournant tes doux regards et tes pas et ta tête.
Caché dans le feuillage, et n'osant l'agiter.
D'un rameau sur un autre à peine osant sauter,
J'atais peur que le vent décelât mon asile.
Tout seul je gémissais, sur moi-même immobile, 10
De ne pouvoir aller, le ciel était si beau !
Promener avec toi sur le bord du ruisseau.
Car si j'avais osé, sortant de ma retraite,
Près de ta tcte amie aller porter ma tête,
Avec toi murmurer et fouler sous mes pas 15
Le même pré foulé sous tes pieds délicats.
Mes ailes et ma voix auraient frémi de joie.
Et les noirs ennemis, les deux oiseaux de proie,
Ces gardiens envieux qui te suivent toujours.
Auraient connu soudain que tu fais mes amours. 90
Tous les deux à l'instant, timide prisonnière,
T'auraient, dans ta prison, ravie à la lumière,
Et tu ne viendrais plus, quand le ciel sera beau,
Te promener encor sur le bord du ruisseau.
Blanche et douce brebis à la voix innocente, 25
Si j'avais, pour toucher ta laine obéissante,
V. 5. Segniis, Athis, IV, a tracé un tableau semblable, qui n'est pcs sans grâce :
La nymphe cependant prisonnière chez elle, Solitaire, gémit, comme la tourterelie, Quand, veuve inconsolable, aux plus sombres foirûts, D'arbre en arbre elle va faisant ses longs regrcU.
"V. 25. Le poète change d*tmage ; ici c'est l'image des lârbélites (Bacln\ Eitlh,, I, v) •
Faibles agneaux livrés à des loups furie jx.
Osé sortir du bois et bondir avec toi,
Te bêler mes araoïirs et t'appeler à moi,
Les deux loups soupçonneux qui marchaient à ta suite
M auraient vu. Par leurs cris ils t'auraient mise en fuite, 30
Et pour te dévorer eussent fondu sur toi
Plutôt que te laisser un moment avec moi.