V. 64. Ovide, MéL, XIII
Terraf vale, dixi ; corpusque sub squora mersi. V. 65. Virgile, En., IV, 547 :
Ferroque averte dolorem.
Ainsi donc mon cœur abattu Code au poids de ses maux? Non, non, puissé-je vivre!
Ma vie importe à la vertu ; Car l'honnête homme enfin, victime de Toutrage,
Dans les cachots, près du cercueil, 7o
Relève plus altiers son front et son langage,
Brillants d'un généreux orgueil.
S*il est écrit aux cieux que jamais une épée
N*étincellera dans mes mains, Dans l'encre et l'amertume une autre arme trempée 7n
Peut encor servir les humains.
Justice, vérité, si ma bouche sincère,
Si mes pensers les plus secrets Ne froncèrent jamais votre sourcil sévère,
Et si les infômes progrès, 80
Si la risée atroce ou (plus atroce injure!)
L'encens de hideux scélérats Ont pénétré vos cœurs d'une longue blessure.
Sauvez-moi ; conservez un bras Qui lance votre foudre, un amant qui vous venge. 85
Mourir sans vider mon carquois !
Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange
V. 66. Ce passage rappelle les héros antiques délibérant en eux-mêmes et s*exhortant a la vertu. C'est ainsi qu'Ulysse (Iliade, XI, 407), hésitant entre la fuite et le combat, s'interroge :
*AXXà rlvi fiot roLura fCAOç SuXé^aro BvfMiy olioc yàfi Swi xaxol /àv àico^x^vrae itoXifjLOio • %i $i x^ à/9i9rcùy]ffi ftAxV *^*» '^^^ ^^ fj-AXa XP^^ ivrifuneu xporc/oâs, vfr iéXtir' fir' c6aÂ' gUÀov.
Bientôt, conune le héros d'Homère, André haranguera directement son cœur.
V. 85. L'idée de faire delà foudre un attribut de la Justice est antique. Voy. les vers d'Âristopliane cités au vers 418 du Jeu de Paume.
Y. 86. Voy. la même image dans la première strophe de THymne Y.
"^é 87. André parait s'inspirer ici des violentes imprécations que dans
Ces bourreaux barbouilleurs de lois.
Ces tyrans effrontés de la France asservie,
Égorgée ! ... 0 mon cher trésor, 90
0 ma plume ! Fiel, bile, horreur, dieux de ma vie!
Par vous seuls je respire encor.
Quoi ! nul ne restera pour attendrir Thistoire io5
Sur tant de justes massacrés ; Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire ;
Aristophane, Chev., 251, le chœur des chevaliers lancent contre Gléon ;
A)Aà Traïe xaî îiwxi xal ripxrze /ai xûxa xotl ^SeXùrzov
L'image que présente le second hémistiche du vers 87 est beaucoup plus énergique, mais conçue dans le même ordre d'idées, que celle contenue dans le mot fiSsXLrrofiat. L'expression de barbouilleurs de lois traduit sans doute dans la pensée d'André l'injure que, dans ce chœur, les chevaliers lancent à plusieurs reprises à la face de Gléon. Ils l'appellent nxvoûpyoç^ c'est-à-dire un propre-à-tout politique.
Y. 88. Le mot barbouilleur est vieux dans la langue ; voy. Ménage. Au seizième siècle, il signifiait brouillon. On rencontre dans Voltaire l'expression de et barbouilleur d'écrits. »
y. 92. Après ce vers, il y a encore une lacune de quelque!» vers.
V. 107. Nous avons fait dans ce vers une correction qui nous a paru indispensable. Toutes les éditions portent :
Pour consoler leurs fils, leurs veuves nt leurs mèrest
Pour que des brigands abhorrés Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance ;
Pour descendre jusqu'aux enfers i«
Chercher le triple fouet, le fouet de la vengeance,
Déjà levé sur ces pervers ; Pour cracher sur leurs noms, pour chanter leur supplice !
Allons, étouffe tes clameurs ; Souffre, ô cœur gros de haine, affamé de justice. • iTs
Toi, Vertu, pleure si je meurs.
V. 115. M. de Latouclie avait, par timiditc littéraire, altéré ce vers; la première édition donnait :
Pour insulter leurs noms, pour cliauter leur supplice!
gt cepsnd int, bien avant Chénier, Malherbe (p. 7] avait employé ce mot devant lequel M. de Lalouche reculait :
Le mépris effronté que ces bouches me crachent.
V. 11.1. Magniiique mouvement poétique; il s'adresse à son coeur, coname Ulysse [Odyssée y XX, 18) :
Passage qu'avait remarqué Platon dans le Pliédon, XLIII. — Et c'est ainsi que dans Sophole, Trach., 1259, Hercule exhorte son âme à supporter la souffrance :
*Aye vDv, irpiv tj^vJ* àvaxtvvîaxt
vàvov, oi 'pux'^ vxÀTopsc, xâ^uSo; Xt0ox6)ly)TOv arôfiiov Tt«pi/^o\jff\ àvâitavae ^o^v, &>$ Inixo^prov reXéovv àexoûacoy ipyov,
Y. 116. M. de Latouche a manqué de gont en scindant en trois parties cette belle et derniôre élégie d'André Ghénier. Quel plus beau vers pourrait clore l'œuvre et la vie du poëte !