V. 127-128. Homère, Odyssée, XVIÏ
Zeû àva, TrjXi/i»xàv fioi h àvSpdviv 5Aê(0v ctvxc, xoLÏ oi Ttàmei yivoiO\ ovva. fpeoiv ^91 /mfvoevS.
PETITS POËMËS. 58
Mon hôte, lève-toi. Tu parais noble et sage ;
Mais cesse avec ta main de cacher ton visage. 130
Souvent marchent ensemble indigence et vertu ;
Souvent d'un vil manteau le sage revêtu,
Seul vit avec les dieux et brave un sort inique.
Couvert de chauds tissus, à Tombre du portique,
Sur de molles toisons, en un calme sommeil, 135
Tu peux ici dans Tombre attendre le soleil.
Je te ferai revoir tes foyers, ta patrie,
Tes parents, si les dieux ont épargné leur vie ;
Car tout mortel errant nourrit un long amour
D'aller revoir le sol qui lui donna le jour. 140
Mon hôte, tu franchis le seuil de ma famille
A l'heure qui jadis a vu naître ma fille ;
Salut ! Vois, l'on t'apporte et la table et le pain :
Salutation amicale et toute grecque ; c'est ainsi qu'on s'abordait sur cette terre heureuse, où sous le chaume on naissait poète. Cf. Sophocle, Œd. roi, 948. — Quant au que qui précède la formule de souhait et qui s'explique par une ellipse, on le trouve employé de même dans Molière ; ainsi, dans le Dépit am., III, ly :
Que puissiez- vous avoir toutes choses prospères !
C'est la formule un peu oratoire des Latins : Quod utinam... !
Y. 134. Pour ces détails, voy. Odyssée, IV, 296.
Y. 143. André a dit, v. 75 : « La table au loin circule. t> Lycus et ses convives sont placés à une seule et même table ; nous croyons que Riccius,^ Dt8«. Borner, t XXXIY, se trompe lorsqu'il dit : a Sua mensa adponebatur cuique convivœ; » car Homère, dans V Iliade ^ IX, 216, ne parle que d'une table autour de laquelle prennent place Phénix, Ajax, Ulysse, Odios, Eurybate et Achille ; seulement, comme ce passage l'indique, les portions étaient placées séparément devant chaque convive. Athénée, lY, x, p. 143, D, dit formellement en parlant d'un cratère rempli de vin qu'on plaçait sur les tables : « ToOto xoevv] Trâvre^ n^vouffcv ol xarà txiv xûcvigv r/sâTreÇav. » Ainsi, les convives, suivant leur nombre, pouvaient être divisés par groupes, et il y avait une ou plusieurs tables, ce qui est contradictoire à l'affirmation de Riccius. Mais lorsque des étrangers arrivent au milieu d'un festin, des servantes leur apportent alors, comme dit Chénier, et la table et le pain. Télémaque [Odyssée, I) £ut apporter une table à Minerve ; Alcinoûs [Odyssée, YII] agit de mém# a l'égard d'Ulysse. Chez les Cretois (Athénée, lY, x, p. 143, F), cett«
Sieds-toi. Tu vas d'abord rassasier ta faim.
Puis, si nulle raison ne te force au mystère, i45
Tu nous diras ton nom, ta patrie et ton père. »
table, toujours préparée, s'appelait ii Çcvtq rpiTrcÇa, la table xéniennc, comme aurait dit Ronsard; et Tomasini, de Tess. ho8p.,\lLlll, qui cite cette coutume, aurait dû remarquer que cet usage et ce nom donné à la table étaient répandus dans toute la Grèce ; car, dans Homère [Odyssée, XIV, 158), Ulysse prend à témoin cette table d'hospitalité :
"Ivrot vûv Zsùi Tip&xot. Bi&v X*'*lt) re rpiitt^ot.
V. 144. :< Sieds-toi ; d comme dans Corneille, Cinna, V, i. V. 145. Odyssée, XIV, 45 :
*A/V Ircso, KÀtair,vS' To/acv, yipoVf ot^pa xal arnàç airo\j xoLÏ otvoio xopivaifievoç xarà Bv/ibv tinriif bmtôBîTf ivai xal hizizôaa, xi}^t' àvér/iji.
Cf. Odyssée, l, 123, et passim. — Ce vers a été critiqué par Ponsard dans ses Études antiques. Il a prétendu que les Grecs n'avaient pas de ces délicatesses. L'hospitalité antique était, au contraire, d'une excessive délicatesse, et entièrement basée sur la discrétion. D'abord, il eut été inconvenant de faire des questions à son hôte avant qu'il eût rassasié sa faim et sa soif; l'on voulait montrer, comme le dit Athénée, Y, f, p. 185, G, que c'était l'hospitalité elle-même que l'on honorait, et non point tel ou tel homme. Sans doute, à cette époque, l'arrivée d'un étranger excitait une curiosité légitime à laquelle se joignait le désir inné chez les hommes de s'instruire et de s'unir par delà les mers. De là toute une série de questions détaillées, pressantes et permises (voy. Odyssée, I, 170; VII, 237 ; XIV, 185, etc.); mais en même temps que de respect de la personnalité et de la dignité de l'hôte 1 Dans VOdyssée, VII, Ulysse, questionné par Arété, déclare ne vouloir répondre qu*à une partie des questions, et les Phéacicns n'en sont pas choques. Quand Alcinoûs lui offre un vaisseau monté par cinquante rameurs, il n'a pas encore cru convenable de demander le nom de son hôte; s'il rompt lé silence, ce n'est qu'à la vue des pleurs d'Ulysse, et la brusquerie même de ses paroles cache une sensibilité qui excuse ces questions encore prématurées ; car si Ulysse eût eu quelque raison qui le forçât au mystère, il eût très-bien su lui répondre : « 0 mon hôte, tu parles a la légère et tu semblés ignorer les usages de l'hospitalité; lorsque tu m'auras fêté pendant neuf jours, immolant chaque jour un taureau; lorsque pour la dixième fois paraîtra l'aurore aux doigts de rose, seulement alors tu m'interrogeras. » Voy. Iliade, VI, 174. — C'est pourquoi, dans Homère, chaque fois qu'un héros adresse des questions à son hôte, il sous-entend toujours, ce qu'André a eu raison d'exprimer, st nulle raison ne te force au mystère. D'ailleurs, répondant plusieurs âèclcs d'avance à la critique de Ponsard, Macédonius, un poète de l'^lu-
PETITS POÊTMES. 57
Il retourne à sa place, après que l'indigent
S'est assis. Sur ses mains, de l'aiguière d'argent.
Par une jeune esclave une eau pure est versée.
Une table de cèdre, où l'éponge est passée, 150
S'approche, et vient offrir à son avide main
Et les fumantes chairs sur le disque d'airain,
Et l'amphore vineuse, et la coupe aux deux anses.
« Mange et bois, dit Lycus ; oublions les souffrances ;
Ami, leur lendemain est, dit-on, un beau jour. » iS5
ihologiej n*a-t^il pas dit, IX, 648 : « Me pas demander : Qui éles-vous? d'o& venez- vous? quels sont vos parents? cela est d'une bonne hospitalité. • V. 147. Éd. 1826 :
11 retourne à sa place; et bientôt l'indigent.
Y. 148. Toutes les éditions donnent a dans l'aiguière (Vargent. » Cette leç(Hi évidemment fausse provient sans doute d'une mauvaise lecture des manuscrits. C'est bien d'une aiguière que la jeune esclave verse de l'eau sur les mains du mendiant, au-dessus d'un bassin. Il est facile de le voir dans le passage suivant d'Homère (0</2^««^e, 1, 130), dont les vers d* André sont une imitation :
Xépviêa ^' à/Af tTToAos 77/90X00) eTcéxeuc ^i/souva, xaAii, xp^^^^^i \mïp àpyxipéoio >&6>7T0$, vl^avBai' Tzapk Si Çean^v ercévuvo'e rpâmÇav. Slrov S' aîSoirj ru/ÂCrt noipiBrixi fipoyJaot, eîSocTa nàXX* IniBeXvu, yapiKoiJLivri rcocpsôvrcuV ioLtTpbç Si xpetûv izivaxKç TzccpiBioMv Mipxç TtoiVToCùiVt Ttctpà H 9fi rlQti xp^o^toc xxjnsX).»,
Cf. Odyssée, IV, 52; VII, 172; XV, 155; Virgile, Enéide, I, 70i.
V. 150. On se servait de l'éponge pour essuyer les tables (Odyssée, I, 111), et pour se Inver et s'essuyer le visage {Iliade, XVIII, 414^.
V. 152. « Le disque d'airain, » détail archéologique exact. Homère, Iliade, XI, 630 :
AuTa/9 in ahr^iç
XdiXxttov xàveov. *
Tous les éditeurs, moins Fayolle, ont mis à tort les disques d'airain. On n'apporte évidenmient au mendiant qu'un plat, qu'une amphore et qu'une coupe.
Y. 155. Cette pensée a été souvent exprimée par les poiltes. La voici
Bientôt Lycus se lève et fait emplir sa coupe,
Et veut que Téchanson verse à toute la troupe,
« Pour boire à Jupiter, qui nous daigne envoyer
L'étranger, devenu Thôte de mon foyer. »
Le vin de main en main va coulant à la ronde ; leo
Lycus lui-même emplit une coupe profonde.
L'envoie à l'étranger : « Salut, mon hôte, bois.
dans un fragment de V Andromède d'Euripide (éd. Didot, p. 653) :
'A//' :^^u roi acadivra fxe/ÂvrjvBtxi Tcdvwv. Vers cité par Plutarque, Sytnp., II, i, et traduit par Cicéron, de Finibus, II, 32. Cette pensé^i avait déjà été développée par Homère, Odys., XV, 400, C'est aussi ce que, dans Virgile, En., I, 203, Énée dit à ses compagnons en leur rappelant tous leurs maux :
.... Forsan et h»c olim meminisse juvabit. V. 156-159. Odyssée, VII, 178 :
Kal TOTS x^pyj/.a npoHt^y] /âIvoç 'AXxtvdoto* Ilovrovoe, xpvjTrtpx xs/saffcâ/A^voç /xidxj veïfiov irôéoriv àvà fiéyapov, ha xoù Ad repntKepaxj'JOi cnsi(TOfA€v, osd' (xérifjoiv â/A* aîSoloivt'j onY)Seï.
V. 158. Exemple remarquable de transition imprévue ; le discours direct succède brusquement au discours indirect, comme dans le passage célèbre d'Homère (Iliade, XV, 348), remarqué par Longin [de Subi., XXIIl), qui cite aussi un exemple d'Hécatée, et très à tort, il me semble, un autre de Démosthène, dans son discours contre Arîstogiton.
V. 160. Les convives se passaient la coupe de main en main ; Odyssée, III, 45 :
Aùrà^ iiz^'t fjntittr,^ re xal.e&|ea(, -f di/xtç ê-rrlv, Sàç xac Toûru enecra Sinai /liXtriSéoi oivou cizttffai
Ronsard, Franciade, I, fait aussi, parmi les convives, tourner les coupes
D'un cœur joyeux l'un à l'autre données.
V. 161. Ce n'est pas la coupe dont on s'est servi pendant le repas; Ghénier lui d(Mme avec raison l'épithète de profonde. Virgile, Enéide, h 723 :
Postquam prima quies epulis, mensaeque remotae, Crateras magnos statuunt et vina coroDant.
Elle s'appelait la coupe commune. Voy. Euripide, Ion, 1177.
V. 162. L'étranger est le premier à qui l'on envoie la coupe. Ainsi dans VOdyssée, lit, Pisistrate dit à Minerve :
«... .Sol itporipca Sôiffca xpv)7Ccoy aXuoof'
De ta ville bientôt tu reverras les toits,
Fussent-ils par delà les glaces du Caucase. »
Des mains de Féchanson rétranger prend le vase, 165
Se lève et sur eux tous il invoque les dieux ;
On boit. Il se rassied, et, jusque sur les yeux
Ses noirs cheveux toujours ombrageant son visage.
De sourire et de plainte il mêle son langage :
« Mon hôte, maintenant que sous tes nobles toits 170
De l'importun besoin j'ai calmé les abois,
Oserai-je à ma langue abandonner les rênes?
Je n'ai plus ni pays, ni parents, ni domaines.
Mais écoute : le vin, par toi-même versé.
M'ouvre la'bouche. Ainsi, puisque j'ai commencé, 175
Entends ce que peut-être il eût mieux valu taire.
Excuse enfin ma langue, excuse ma prière ;
Car du vin, tu le sais, la téméraire ardeur
Souvent à l'excès même enhardit la pudeur.
Meurtri de durs cailloux ou de sables arides, iro