LE JEUNE MALADE
« Apollon, dieu sauveur, dieu des savants mystères,
Dieu de la vie, et dieu des plantes salutaires,
Dieu vainqueur de Python, dieu jeune et triomphant,
Prends pitié de mon fils, de mon unique enfant !
Prends pitié de sa mère aux larmes condamnée, 5
Qui ne vit que pour lui, qui meurt abandonnée,
Qui n'a pas dû rester pour voir mourir son fils ;
Dieu jeune, viens aider sa jeunesse. Assoupis,
1. — Cette élégie respire une tendresse maternelle et filiale bien touchante, en même temps qu'un amour jeune et pur. On devine que ce n*est pas seulement à l'imagination du poète qu'elle doit sa naissance. Mais avec quel génie, voilant, sous une forme antique, ses propres douleurs et son individualité, André disparaît de son œuvre pour y laisser pleurer toute âme humaine frappée par la destinée et l'amour ! A un autre point de vue, cette élégie est très-remarquable. C'est Racine qui est ici l'inspirateur de Chénier. Il faut relire, en prêtant toute son attention a l'enchainement des pensées et aux expressions du poète, la troisième scène du premier acte de Phèdre, dont le Jeune Malade est en quelque sorte la contre-partie.
V. 1-3. Ces nombreuses épithètes ne sont point vaines dans la bouche de la mère. C'est bien là l'antique forme des prières, des litanies. Sur ces différentes épithètes d'Apollon, consultez Nacrobe, I, xvii. Sur la victoire remportée par Apollon sur le serpent Python, voy. Homère, Hymne à Apollon, 372.
Assoupis dans son sein cette fièvre brùkmte
Qui dévore la fleur de sa vie innocente. 10
Apollon, si jamais, échappé du tombeau,
Il retourne au Ménale avoir soin du troupeau.
Ces mains, ces vieilles mains orneront ta statue
De ma coupe d'onyx à tes pieds suspendue ;
Et, chaque été nouveau, d'un jeune taureau blanc is
La hache à ton autel fera couler le sang.
Eh bien ! mon fils, es-tu toujours impitoyable?
Ton funeste silence est-il inexorable ?
Enfant, tu veux mourir? Tu veux, dans ses vieux ans,
V. 12. Le MénaU, montagne d'Arcadie, qu'ont rendue célèbre Théucrite et Virgile. Voy. Théocrite, W., I, 124 et ScAo/.; Virgile, Égl, VIII.
V. 14. Ces offrandes aux divinités se nommaient àvxQ-^fioLTx ou àvoixeifteva, selon qu'elles étaient suspendues à la voûte, aux colonnes, ou déposées aux pieds des statues. Voy. Anlh, Grotii, II, xxiii, 1 ; Sophocle, ArU., 292; Horace, 0</., I, v; Virgile, Enéide, IX, 407. — Vonyx est une espèce d'agate. Voy. dans Orphée, de JMpidibus, 250, combien l'agate était agréable aux dieux ; v. 604, quelles étaient les vertus de l'agate ; v. 627, celle qu'elle avait de dissiper la fièvre. L'offrande d'une coupe d'onyx s'est donc présentée naturellement à l'esprit d'André. L'agate ne plaisait pas seulement aux dieux du paganisme, mais encore au Dieu d'Israël : voy. Exode, XXV, 7, et passim. L'offrande la plus simple, la plus habituelle aux bergers, était une coupe de hêtre. Voy. Virgile, Égl, III, 36.