‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 102 sur 108 · LA FÊTE DU 14 JUILLET I · texte numérisé non relu

LA FÊTE DU 14 JUILLET I

Un vulgaire assassin va chercher les ténèbres ;

Il nie, il jure sur Tautel;

Mais nous, grands, libres, fiers, à nos exploits funèbres, A nos turpitudes célèbres,

Nous voulons attacher un éclat immortel.

De Toubli taciturne et de son onde noire Nous savons détourner le cours.

Nous appelons sur nous l’éternelle mémoire ;

Nos forfaits, notre unique histoire,

Parent de nos cités les brillants carrefours.

O gardes de Louis, sous les voûtes royales Par nos ménades déchirés.

Vos têtes sur un fer ont, pour nos bacchanales,

Orné nos portes triomphales,

Et ces bronzes hideux, nos monuments sacrés.

Tout ce peuple hébété que nul remords ne touche, Cruel, même dans son repos.

Vient sourire aux succès de sa rage farouche.

Et, la soif encore à la bouche.

Ruminer tout le sang dont il a bu les flots.

Arts dignes de nos yeux! pompe et magniflcence Dignes de notre liberté.

Dignes des vils tyrans qui dévorent la France, Dignes de l’atroce démence

Du stupide David qu’autrefois j’ai chanté !

De Barca, du Niger les désertes arènes Nourrissent cérastes ardents,

Tigres à l’œil de flamme, implacables hyènes, Le bitume flotte en leurs veines ;

Une rage homicide aiguillonne leurs dents.

A de tels compagnons votre juste message Devait ouvrir votre cité.

Se jeter sur le faible est aussi leur courage ;

Ils vivent aussi de carnage ;

Voir du sang est aussi leur seule volupté.

Mais n’osez plus flétrir de votre ignare estime Des mortels semblables aux dieux.

Dans leurs mâles écrits quel foudre magnanime Tonne sur vous et sur le crime !

Ah ! si le crime et vous pouviez baisser les yeux

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