FRAGMENT I. — EUROPE
Étranger, ce taureau, qu’au sein des mers profondes D’un pied léger et sûr tu vois fendre les ondes.
Est le seul que jamais Amphitrite ait porté.
Il nage aux bords crétois. Une jeune beauté.
Dont le vent fait voler l’écharpe obéissante.
Sur ses flancs est assise, et d’une main tremblante Tient sa corne d'ivoire, et, les pleurs dans les yeux. Appelle ses parents, ses compagnes, ses jeux;
Et redoutant la vague et ses assauts humides,
Retire et veut sous soi cacher ses pieds timides.
L’art a rendu l’airain fluide et frémissant.
On croit le voir flotter. Ce nageur mugissant.
Ce taureau c’est un dieu; c’est Jupiter lui-même. Dans ses traits déguisés, du monarque suprême Tu reconnais encore et la foudre et les traits.
Sidon l’a vu descendre au bord de ses guérets,
Sous ce front emprunté couvrant ses artifices, Brillant objet des vœux de toutes les génisses.
La vierge tyrienne, Europe, son amour.
Imprudente, le flatte ; il la flatte à son tour ;
Et, se fiant à lui, la belle désirée*
Ose asseoir sur son flanc cette charge adorée.
Il s’est lancé dans Fonde ; et le divin nageur.
Le taureau, roi des dieux, l’humide ravisseur,
A déjà passé Chypre et ses rives fertiles ;
Il s’approche de Crète, et va voir les cent villes.
FRAGMENT II. — PASIPHAE
Tu gémis sur l’Ida, mourante, échevelée ,
O reine ! ô de Minos épouse désolée !
Heureuse si jamais, dans ses riches travaux,
Cérès n’eût pour le joug élevé des troupeaux!...
Tu voles épier sous quelle yeuse obscure.
Tranquille, il ruminait son antique pâture.
Quel lit de fleurs reçut ses membres nonchalants, Qiielle onde a ranimé l’albâtre de ses flancs.
« O nymphes, entourez, fermez, nymphes de Crète, De ces vallons, fermez, entourez la retraite.
Si peut-être vers lui des vestiges épars Ne viendront point guider mes pas et mes regards. » Insensée ! à travers ronces, forêts, montagnes.
Elle court. O fureur! dans les vertes campagnes. Une belle génisse à son superbe amant Adressait devant elle un doux mugissement.
« La perfide mourra. Jupiter la demande. » Elle-même à son front attache la guirlande. L’entraîne, et sur l’autel prenant le fer vengeur :
« Sois belle maintenant, et plais à mon vainqueur. » Elle frappe, et sa haine, à la flamme lustrale.
Rit de voir palpiter le cœur de sa rivale.
BUCOLIQ.ÜES.