‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 15 sur 108 · I PANNYCHIS · texte numérisé non relu

I PANNYCHIS

i Plusieurs jeunes filles entourent un petit enfant.,, le caressent. . .

— On dit que tu as fait une chanson pour Pannychis, ta cousine ?

i — Oui, je Vaime, Pannyclm... elle est belle. Elle a j cinq ans comme moi. . . Nous avons arrondi en berceau

i ces buissons de roses. . nous nous promenons sous cet

ombrage... on ne peut nous y troubler, car il est trop bas ; pour qu'on y puisse entrer. Je lui ai donné une statue de I Vénus que mon père ni' a faite avec du buis. Elle l'appelle sa fille, elle la couche sur des feuilles de rose dans une écorce de grenade... Tous les amants font toujours des chansons pour leur bergère... Et moi aussi, j'en ai fait une pour elle...

— Eh bien, chante-nous ta chanson et nous te donnerons des... et des figues mielleuses...

— Donne^-les-moi d' abord et puis je vais chanter... Il tend ses deux mains... on lui donne... et puis, d'une voix claire et douce, il se mit à chanter :

« Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m’aimes : Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes. Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau. Hier je me suis mis auprès de mon chevreau :

Par Pollux et Minerve ! il ne pouvait qu’à peine Faire arriver sa tête au niveau de la mienne.

D’une coque de noix, j’ai fait un abri sûr Pour un beau scarabée étincelant d’azur ;

Il couche sur la laine, et je te le destine.

Ce matin, j’ai trouvé parmi l’algue marine

POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.

Une vaste coquille aux brillantes couleurs :

Nous remplirons de terre, il y viendra des fleurs.

Je veux, pour te montrer une flotte nombreuse. Lancer sur notre étang des écorces d'yeuse.

Le chien de la maison est si doux ! chaque soir. Mollement sur son dos je veux te faire asseoir;

Et, marchant devant toi jusques à notre asile.

Je guiderai les pas de ce coursier docile. »

— Il s'en va lien haisè, lien caressé... Les jeunes beautés le suivent de loin. Arrivés aux rosiers, elles regardent par-dessus le berceau sous lequel elles les voient occupés à former avec des buissons de myrtes et de roses un temple de verdure autour d'un petit autel pour leur statue de Vénus; elles rient. Ils lèvent la’ tête, les voient et leur disent de s'en aller. On les embrasse... En s'en allant, la jeune Myro dit : ... ô heureux âge!... mes compagnes, vene\ voir aussi cheT^ moi les monuments de notre enfance. . . fai entouré d’une haie, pour le conserver, le jardin que f avais aloi's... une chèvre l'aurait broute tout entier en une heure... C’est là que je vivais avec..., là, il m'appelait déjà sa femme et je t’appelais mon époux... nous n'étions pas plus haut que telle plante... nous nous serions perdus dans une forêt de thym... vous y verre:; encore le romarin, et... s'élever en berceau comme des cyprès autour du tombeau de marbre où sont écrits les vers d'Anyté... Mon bieji-aimè m'avait donné une cigale et une sauterelle. Elles moururent, je leur élevai ce tombeau parmi le romarin et. . . fêtais en pleurs. . . La belle Anyté passa, sa lyre à la mam...

— Qu'as-tu ? me demanda-t-elle.

— Ma cigale et ma sauterelle sont mortes...

— Ah ! me dit-elle, nous devons tous mourir (cinq oie six vers de moi' ale')...

Puis elle écrivit sur la pierre :

« O sauterelle, à toi, rossignol des fougères,

A toi, verte cigale, amante des bruyères.

BUCOLiaUES.

Myro de cette tombe élève les honneurs,

Et sa joue enfantine est humide de pleurs;

Car l’avare Achéron, les Sœurs impitoyables, Ont ravi de ses jeux ces compagnes aimables. »

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