MYSIS ET LYCAS
Mysis (enfanf) : (( Lycas, donne-moi des fruits.,, — Je n'en ai point. . . laisse-moi aller, je suis pressé. .. — Oh f oui, je sais bien où tu vas. Tu vas trouver Chloé... — Chloé ? — Oui je te vois tous les jours avec elle... je sais bien que tu V aimes... moi, je Vaime aussi... — Toi aussi ?... — Oui, elle me donne des fruits... Hier, elle était à se promener à tel endroit (site), elle me vit passer et me demanda si je voulais des amandes. Je tendis mes deux mains, et je lui dis : Chloé, je t’aime. Elle sourit, m’eyi donna daiwitage, et, promenant sa main autour de mon visage, me dit : ... Enfant, sais-tu déjà ce que c’est que d’aimer ? puis elle me leva dans ses bras, et me donna plusieurs baisers... — Dieux ! elle t’a baisé !... — Sans doute. — Oh ! je voudrais être à ton âge, je serais toujours avec elle comme toi... — Et moi, je voudrais bien être a^t tien... — Elle m’offrirait des amandes et des caresses... au lieu qu’elle ne m’offre rien et nerne baise pas ! — Puis, m’en allant, je me cachai et la regardai... elle se croyait seide et je vis qu’elle soupirait et qu’elle baisait une écharpe qui lui couvrait le sein. Pourquoi la baisaitelle ? à quoi bon caresser une écharpe insensible ? — Adieu, Mysis, adieu, je ne puis m’arrêter... demain, je te donnerai des fruits et tout ce que tu me demanderas. »
Le jeune Lycas s’éloigne à ces mots... il traverse à grands pas la prairie et va trouver Chloé, palpitant de joie ; car l’écharpe qu’elle avait baisée était un don qu’elle tenait de lui.
54 POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.