‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 22 sur 108 · LES TYRRHÉNIENS · texte numérisé non relu

LES TYRRHÉNIENS

Bacchus se déguisait sous un moins beau visage. Quand de Tyrrhéniens une troupe sauvage

BUCOLIQ.UES.

I Vint le ravir plongé dans un profond sommeil, j Leur vaisseau le reçoit ; on part ; à son réveil,

I II s'étonne. On lui jure, au moment qu’il les prie,

1 De voguer vers Naxos qu’il nomme sa patrie.

! Il dissimule, et puis, l’œil errant sur les flots :

I « O ciel ! ah 1 malheureux! ce n’est point là Naxos...

! Dieux ! grands dieux !» et ses mains, dans ses feintes alarmes^ I Déchirent ses cheveux, et ses yeux sont en larmes.

I «Jeune homme, lui dit l’un, que nous font tes malheurs i ' Tu viendras nous servir, et laisse là tes pleurs. »

‘ Il dit. — Le vaisseau tremble. Et des formes terribles ' De tigres, de lions, de panthères horribles Fondent sur eux. En foule et n’ayant plus de voix.

Les traîtres du vaisseau s’élancent à la fois,

O prodige! et, couverts d’une écaille étrangère.

Se vont, légers dauphins, cacher sous Fonde amère.

Page 1