‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 3 sur 108 · LES SUISSES DE CHATEAUVIEUX. XVII · texte numérisé non relu

LES SUISSES DE CHATEAUVIEUX. XVII

Pour VOUS tous, ô mortels, qui rougissez encore Et qui savez baisser les yeux !

De voir des échevins que la Râpée honore Asseoir sur un char radieux Ces héros que jadis sur les bancs des galères Assit un arrêt outrageant.

Et qui n’ont égorgé que très peu de nos frères Et volé que très peu d’argent !

Eh bien, que tardez-vous, harmonieux Orphées?

Si sur la tombe des Persans Jadis Pindare, Eschyle ont dressé des trophées.

Il faut de plus nobles accents.

Quarante meurtriers, chéris de Robespierre,

Vont s’élever sur nos autels.

Beaux-arts, qui faites vivre et la toile et la pierre. Hâtez-vous, rendez immortels Le grand Collot d’Herbois, ses clients helvétiques. Ce front que donne à des héros La vertu, la taverne et le secours des piques.

Peuplez le ciel d’astres nouveaux ,

O vous, enfants d’Eudoxe et d’Hipparqueet d’Euclide;

C’est par vous que les blonds cheveux Qui tombèrent du front d’une reine timide Sont tressés en célestes feux ;

Par vous l’heureux vaisseau des premiers Argonautes Flotte encor dans l’azur des airs.

Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes.

Comme eux dominateurs des mers.

Que la nuit de leurs noms embellisse ses voiles.

Et que le nocher aux abois Invoque en leur galère, ornement des étoiles.

Les Suisses de Collot d’Herbois.

{Journal de Paris. i5 avril 1792.)

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