LA FRANCE LIBRE
Jour sacré, le plus beau qu’aient fait luire les peux, Quand le roi-citoyen , l’idole de la France,
Vit chaque citoyen de son empire immense Lui jurer d’être libre et fidèle à la loi.
Fidèle à sa patrie et fidèle à son roi !
Roi, l’amour des Français, l’honneur du diadème ! Compagne de sa gloire et de son rang suprême. Reine, couple chéri, contemplez vos Wenfaits :
Par vous la liberté naît au sein de la paix !
Vous ne voulez de noeuds, entre vous et la France, Que d’amour, de respect, de foi, de confiance 1 Contemplez vos bienfaits, et qu’en un long oubli Tout sujet de douleur demeure enseveli !
Toujours sur son berceau qu’anime un grand courage, La liberté naissante élève quelque orage.
Et le peuple, agité dans ses fougueux efforts. Souvent à quelque excès égare ses transports ;
Mais la concorde enfin, et l’ordre, et riiarmonie. Amènent près de vous la France réunie ;
Et le calme et la paix sont préparés pour vous. Dans le port que vos mains ont ouvert devant nous.
C’est cet amour profond que la patrie inspire Qui, sur soi, pour longtemps assied un vaste empire; Qui, seul, en demi-dieux transforme les soldats.
POÉSIES DIVERSES
Qui, seul, avec vigueur fait mouvoir les États,
Fait durer leur jeunesse et d’une main divine Les relève déjà penchants vers leurs ruines.
L’or offrirait en vain des secours opulents !
En vain même le ciel formerait des talents.
Français, nous périssons si vous n’aimez la France ;
Si vous ne l’aimez plus que
Si le bonheur commun n’est pas votre bonheur.
Rien, rien que cet amour fraternel et sublime Sous nos pas raffermis ne peut combler l’abîme.
Que la France, partout, du jeune homme pieux Occupe à tout moment et le cœur et les yeux ;
Qu’il la voie et lui parle et l’écoute sans cesse ;
Qu’elle soit son trésor, son ami, sa maîtresse ;
Que même au sein des nuits, d’un beau songe charmé Il serre dans ses bras ce simulacre aimé.
LA SUPERSTITION EpîtreàM. Bailly.
Un mensonge vieillit, il devient ennuyeux;
Il prend une autre forme et reparaît aux yeux. Pensant le fuir, trompés à sa ruse infidèle.
Nous courons l’embrasser sous sa forme nouvelle. Nous fuyons un prestige, une vaine fureur.
Non pour la vérité, mais pour une autre erreur.
Un jeune homme orgueilleux et docte réputé. Tout plein de quelque auteur au hasard feuilleté.
290 POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.
Étonne un cercle entier de sa haute sagesse ;
Il se joue avec grâce aux dépens de la messe,
Il plaisante le pape et siffle avec dédain Tous ces rêves sacrés qu’enfanta le Jourdain.
Et puis d’un ton d’apôtre, empesé fanatique.
Il prêche les vertus du baquet magnétique.
Et ces doigts qui de loin savent bien vous toucher Et font signe à la mort de n’oser approcher.
Un tel conte à ses yeux est moins plat, moins insigne, Que ce vin frauduleux, étranger à la vigne.
Par qui sont de Cana les festins égayés,
Ou ces diables pourceaux dans le fleuve noyés. C’est que son jugement n’est rien que sa mémoire ; S’il croit même le vrai, c’est qu’il est né pour croire. Ce n’est point que le vrai saisisse son esprit.
C’est que Bayle ou Voltaire ou Jean-Jacques l’a dit.
et le pauvre hébété
N’est incrédule, enfin, que par crédulité.