‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 87 sur 108 · LE TYRAN · texte numérisé non relu

LE TYRAN

Tout le monde le craint : mais il craint tout le monde. Le Pont a vu son roi, pendant la nuit profonde, Enfermé dans un coffre, attendre le soleil.

POÉSIES DIVERSES

Et dormir en secret, d’un horrible sommeil,

Que des songes sanglants épouvantaient sans doute ; Comme le noir serpent s’éloigne de la route Et seul au fond du bois craignant le fouet vengeur Se dérobe sous terre à l’œil du voyageur.

(Pris de Plutarque.)

Hommes saints, hommes dieux, exemples des Romains, Divin Caton, Brutus, les plus grands des humains. Pensiez-vous que jamais, plein d’orgueil et de gloire.

Au milieu des respects d’un stupide auditoire.

Dans un poudreux gymnase au mensonge immolé,

Un rhéteur imbécile et d’ignorance enflé.

Sur la foi d’un sophiste élève de Carthage,

Dût prouver que vos cœurs n’eurent qu’un vain courage Et qu’une vertu vaine, et que ce prix si doux De s’immoler pour elle était vain comme vous ?

Vous dévouer aux feux où le crime s’expie ;

Vous prodiguer les noms et de lâche et d’impie.

Pour n’avoir pas voulu montrer à l’univers

Aux pieds du crime heureux la vertu dans les fers ?

Oui, partout invoquant le sceptre ou la tiare. Partout, de l’ignorance appui lâche et barbare. Partout, d’un fer absurde armant ses viles mains. Partout, au nom des dieux écrasant les humains, La stupidité règne, insolente, impunie.

300 POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.

Tourmente les talents, opprime le génie,

Punit la vérité du courageux affront

Qui, sous le diadème, a fait rougir son front.

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