‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 89 sur 108 · TRAGÉDIE AVEC CHŒURS · texte numérisé non relu

TRAGÉDIE AVEC CHŒURS

Peindre Quint ilius Varus comme il est représenté par Veîîeius J^aterculus, doux, tranquille, épicurien, voulant soumettre les Germains par une administration civile, plutôt que par les armes. Faire bien contraster le ton des Romains et celui des Germains, que les Romains appelleront toujours les Barbares.

Arminius [Fest ainsi que les Romains rappelleront et les Geimtains Hermami) ouvrira en entrant avec ses compagnons et venant d'enlever la fille de Ségeste, Germain ami des Romains. Il parlera de ce traître... Ségeste découvrira à Varus qu' Arminius soulève les Germains . . . et lui conseillera de le faire enchaîner lui-mhne ainsi qu' Arminius et tous les chefs germains. Indolence de Varus... qui lui dit que c'est V e^ilèvement de sa fille qui le rend si ennemi d' Arminius .. . mais qu'il lui fera justice. . .

Représenter ensuite les passe-temps des Romains au camp... Enfin la révolte des Germains est assurée. I^s

3o4 poésies d’andré chénier.

Romains s’arment et repoussent un parti de Germains. . • et reviennent triomphants au camp. C’est le soir. Les Germains enterrent leurs morts. Chant lugubre des hardes à imiter d’Ossian. Souper dans la tente de Varus. Ils sont fiers de leur victoire. (Les Germains se sont laissé battre et ont fui pour les attirer demain dans des endroits marécageux, etc.) Il parle de celle qu’ils remporteront demam... Leur joie est interrompue par les chants et les cris des barbares sur la montagne, qu’on doit entendre de loin [deux ou trois vers tout au plus... et plujieurs fois) . Ils se félicitent de ce qu’ils retourneront bientôt en Italie, do7ît ils font des descriptions qu’il faut tirer des poètes romains d^ ce temps-là... puis l’un fait une peinture poétique de leur triomphe... Les chefs des barbares enchaînés... Le char... les bas-reliefs en bron:(e... où telle et telle montagne couverte de neige, de bois... tel et tel marais... tel ou tel fleuve, leRJnn, l’Elbe, la tête basse, rouleront leur onde- captive. . . Ils finissent par se couronner de fleurs... et un chœur, de courtisaiies romaines chante des vers traduits d’Horace, de Tibulle, etc.

Au point du jour, le signal du combat... Les chœurs de bardes descendent devant l’armée et chantent des chants guerriers... La bataille... Varus blessé et désespéré vient, accuse sa folie, et se tue. Les barbares emportent les corps. Statue d’Odin. Ils lui offrent ces corps morts, lui consacrent les armures, les boucliers, les aigles, insultent les Romains... Les bardes (dont le chant, comme tous les autres, sera coupé soit par strophes et antistrophes, soit par demi-chœurs d’égales 7uesures] chantent le triomphe. Le dernier vers de chaque strophe ou demi-chœur doit être :

Bois, Odin, c’est du sang romain.

Cela doit être répété quatre fois.

Dans ce dernier cantique, il faut 7nettre ceci :

Les sept monts, tyrans de la terre, Tressailleront d’épouvante et d'effroi ;

P THÉÂTRE. 305

Le Tihre... leur Etna jettera des flammes Le

Capitole tremblera et Jupiter sera renversé.

Cet auguste invaincu, ce César fils des dieux,

Ce monarque des sept collines.

\ Il mettra ce jour-ci parmi les néfastes. . . Chaque année P à pareil jour il portera le deuil... il laissera croître ses ] cheveux et sa barbe. Oh ! quand il apprendra cette nouvelle à table, à son festin !... la coupe pleine de falerne lui tombera des mains... Il ne voudra plus prendre de nourriture. . . il ne voudra plus baiser les joues des jeunes vierges que sa femme lui a amenées. . .

De son front pâlissant son insolent laurier Tombera réduit en poudre.

Seul, loin de ses amis, fuyant sous son toit, comme Voiseau timide qui vient d’entendre la foudre, il ne voudra voir personne, ni sa femme, ni son sénat en deuil et en pleurs qui frappera de sa tête le seuil de son palais. De son front chargé d cent couronnes, il frappera les murs de son palais dominateur du monde.

Et d’une voix de sanglots étouffée Il s’écriera : Varus, rends-moi mes lésions !

Chaque nuit il verra l’ombre de Varus. . . le champ de bataille tout blanchi d’ossements... les marais roulant des cadavi'es... La statue d’Odin entourée d’aigles et de drapeaux romains... Alors il se réveillera en sursaut, tout trempé de sueur, tout tremblant d’effroi... car il aura entendu nos chants terribles comme la tempête :

A son esprit le songe aux ailes noires

Aura porté la voix du fier Germain,

Qui chantait au dieu des victoires :

Bois, Odin, c’est du sang romain.

Page 1