IMPUNIS
Daphuis ; mou père est Palémon.
N AÏS.
Il est vrai, ta famille est égale à la mienne.
DAPHNIS
Rien n’éloigne donc plus cette douce union.
NAÏS
Moutre-les-moi, ces bois qui seront mon partage.
DAPHNIS
Viens ; c’est à ces cyprès de leurs Heurs couronnés.
OÔ
V. 49. Le mot joli a beaucoup vieilli dans le style poétique. Autrci'» > il donnait de la grâce au substantif qu’il accompagnait. Ainsi Mnml, Itond. à son amie :
Dedans Pari», ville jolie .
Régnier, Sat., IX :
Aussi je les compare à ces femmes jolies. la Fontaine, Psyché, I :
Pour plaire aux ycus d'une i iijm/ he jolie.
POESIES ASTIQUES.
NAÏS
Restez, chères brebis, restez sous cet ombrage.
DAPHNIS
Taureaux, paissez eu paix ; à celle qui m’engage Je vais montrer les biens qui lui sont destinés.
NAÏS
Satyre, que fais-tu ? Quoi ! ta main ose encore... 65
DAPHNIS
Eh ! laisse-moi toucher ces fruits délicieux...
Et ce jeune duvet...
NAÏS
Berger,... au nom des dieux !...
Ah !... je tremble...
DAPHNIS
Et pourquoi? Que crains-tu? je l’adore.
Viens.
NAÏS
Non; arrête... Vois, cet humide gazon Va souiller ma tunique, et je serais perdue ; 70
Mon père le verrait.
DAPHNIS
Sur la terre étendue,
Saura te garantir cette épaisse toison.
NAÏS
Dieux ! quel est tou dessein ? Tu m’otes ma ceinture ?
DAPHNIS
C’est un don pour Vénus ; vois, son astre nous luit.
NAÏS
Attends. Si quelqu’un vient.. . Ah ! dieux ! j’entends du bruit. 75
V. 73. Les femmes grecques portaient une ceinture, les femmes aullessous des seins, et les vierges sur les hanches. Les vierges, déliant leur ceinture, la consacraient à Diane, voy. Suidas : Àusi'Çwvo; y un}. — Cet usage de porter une ceinture étant commun aux vierges et aux femmes, délier sa ceiulure, Àûttï Çwvijv, signiliait tantôt perdre sa virginité, $ tanta pOsvi-naOut, et tantôt enfanter pour la première fois, npairoif Tt/Titv ; voy. Schol, Apollonius, Arg., I, 288.
IDYLLES
DAPHNIS
C’est ce bois qui de joie et s’agite et murmure.
NAIS
Tu déchires mon voile!... Où me cacher ? Hélas !
Me voilà nue ! où fuir ?
DAPHNIS
A ton amant unie,
De plus riches habits couvriront tes appas.
NAÏS
Tu promets maintenant, tu préviens mou envie ; so
bientôt à mes regrets tu m’abandonneras.
DAPHNIS
Oh! non, jamais. Pourquoi, grands dieux ! ne puis-je pas Te donner et mon sang, et mon àme, et ma vie !
NAÏS
Ah !... Daphnis ! je me meurs... Apaise tou «xmrroux,
Diane.
DAPHNIS
Que crains-tu? L’Amour sera pour nous. «s
NAÏS
Ah ! méchant ! qu’as-tu fait?
DAPHNIS
J’ai signé ma promesse.
NAÏS
J’entrai fille en ce bois et chère à ma déesse.
DAPHNIS
Tu vas en sortir femme et chère à tou époux.
V. 88. 11 y a encore dans Théocrite cinq vers, qu’ André n'a pas traduit*.
POESIES ASTIQUES.
MNASYLE ET CHLOÉ
CHLOÉ
Fleurs, bocage sonore, et mobiles roseaux Où murmure Zéphyre au murmure des eaux,
Parlez, le beau Mnasyle est-il sous vos ombrages '! il visite souvent vos paisibles rivages.
Souvent j’écoute, et l’air qui gémit dans vos bois 5
III. — Cette idylle eharinaute est une peinture naïve et vraie de la timidité des amants, éternelle timidité des bergers et des héros, qui inspire la poésie pastorale et la poésie dramatique. Racan, II, v, fait dire a Ydalie :
Ce que j’ai dans le cœur se lit dans mon visage ;
Je voudrais bien le dire et ne le dire point.
Voy. dans Thomson, Été, l'épisode de Damon et de Musidore. Dans Racine, Dér., I, n, Antiochus exprime le même sentiment :
Pourrai-je sans trembler lui dire : Je vous aime?
Mais quoi ! déjà je tremble ; et mon cœur agité Craint autant ce moment que je l’ai souhaité.
Mais dans cette idylle d’André Chénier peut-être la naïveté n’est-elle que feinte, et peut-être n’est-ce que de la coquetterie amoureuse. — C'est à tort que jusqu’à présent le nom de Mnasyle a été écrit Mnazile. Virgile aurait dû nous avertir ; car c'est dans la VI* Églogue, v. 13, qu’André a pris le nom de son berger
V. 1-3. Le début de l’idylle est imité de Calpurnius, Égl., IX, 20 . Quæ colilis silvas, Dryades, quæque antra, Napææ,
Et quai marmorco pede, Naiades, uda secalis Littora, purpureosque alitis pcrgramina flores,
Dicite, quo prato Donacen, qua forte sub umbra Inveniain, roseis slringenlem lilia palinis ?
La Fontaine, Psyché, I :
Ruisseaux, enseiguez-moi l'objet de mon amour ;
Guidez vers lui mes pas, vous dont l’onde est si pure.
Dans Gessner, Chloé, l’amante de Lycas, s’adresse aux nymphes et s'écrie • u Si vous veillez, ô Nymphes favorables, prêtez l'oreille à mes plaintes. J’aime... hélas!... j’aime Lycas aux cheveux nlondsl ût’avez-vous point vu quelquefois ce jeune berger?... N 'avez- vous point entendu sa voix lorsqu'il chante?,., a
IDYLLES
A mon oreille an loin vient apporter sa voix.
MNASYLE.
Onde, mère des fleurs, naïade transparente Qui pressez mollement cette enceinte odorante,
Amenez-y Chloé, l’amour de mes regards.
Vos bords m’offrent souvent ses vestiges épars. 10
Souvent ma bouche vient, sous vos sombres allées,
Baiser l’herbe et les fleurs que ses pas ont. foulées.
CHLOÉ
Oh ! s’il pouvait savoir quel amoureux ennui Me rend cher ce bocage où je rêve de lui !
Peut-être je devais d’un souris favorable 15
L’inviter, l’engager à me trouver aimable.
MNASYLE.
Si pour m’encourager quelque dieu bienfaiteur Lui disait que son nom fait palpiter mon cœur !
J’aurais dû l’inviter, d’une voix douce et tendre,
A se laisser aimer, à m’aimer, à m’entendre. 20
CHLOÉ
Ali ! je l’ai vu ; c’est lui. Dieux ! je vais lui parler !
0 ma bouche, ô mes yeux, gardez de vous troubler.
MNASYLE.
Le feuillage a frémi. Quelque robe légère...
C’est elle ! 0 mes regards, ayez spin de vous taire.