LYDÉ
« Mon visage est flétri des regards du soleil.
Mon pied blanc sous la ronce est devenu vermeil.
J’ai suivi tout le jour le fond de la vallée ;
Des bêlements lointains partout m’ont appelée.
J’ai couru ; tu fuyais sans doute loin de moi : 5
C’était d’autres pasteurs. Où te chercher, ù toi Le plus beau des humains ? Dis-moi, l'ais-moi connaître Où sont donc tes troupeaux, où tu les mènes paître.
0 jeune adolescent! tu rougis devant moi.
Vois mes traits sans couleur; ils pâlissent pour toi : îo
C’est ton front virginal, ta grâce, ta décence.
Viens; il est d’autres jeux que les jeux de l’enfance.
0 jeune adolescent, viens savoir que mon cœur N’a pu de ton visage oublier la douceur.
Bel enfant, sur tou front la volupté réside ; »5
Ton regard est celui d’une vierge timide.
Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au jour,
VI. — L’amour dû Lydé tient de la passion de Simetha (Thcocrite, Idyl., II) ; mais Chénier a eu soin d'adoucir et d'écarter la magie. — C’est bien cet oubli de la pudeur dont parle Virgile, quand il dépeint l'amour de Didon, Énéùle, IV, 170. Tel est aussi dans Ovide, Met., IV, l'amour de Salmacis pour Hermaphrodite.
V. 15. Voyez ce que nous avons dit sur le verbe asseoir dans l’Aveugle, 142. Ici André emploie résider pour asseoir. En grec on mettrait tfiÇcTat. — Pindare, Nént., VIII, 5, en parlant de la jeunesse :
.... n«fGm'o'« xat msiSuv ' y aa picfipot;
Marot, Chant royal, a dit avec asseoir :
L’âme de celle où l’amour est assise.
9ti POESIES ANTIQUES.
Semble encore ignorer qu'on soupire d’amour;
Viens le savoir de moi ; viens, je veux te l’apprendre.
Viens remettre en mes mains ton âme vierge et tendre, 20 Alin que mes leçons, moins timides que toi,
Te fassent soupirer et languir comme moi ;
Et qu’enfin rassuré, cette joue enfantine Doive à mes seuls baisers cette rougeur divine.
Oh ! je voudrais qu’ici tu vinsses un matin 25
Reposer mollement ta tète sur mou sein !
Je te verrais dormir, retenant mon haleine.
De peur de t’éveiller, ne respirant qu’à peine.
Mon écharpe de lin que je ferais flotter,
Loin de ton beau visage aurait soin d’écarter 30
Les insectes volants et la jalouse abeille... »
La nymphe l’aperçoit, et l’arrête, et soupire.
Vers un banc de gazon, tremblante, elle l’attire ;
Elle s’assied. Il vient, timide avec candeur,
Ému d’un peu d’orgueil, de joie et de pudeur. 55
Les deux mains de la nymphe errent à l’aventure.
L’une, de son front blanc, va de sa chevelure Former les blonds anneaux. L’autre de son menton
V. 18. Dans Ovide, Met., IV, 429, Hermaphrodite aussi est à cet âge d’innocence :
Pueri rubor ora notavit,
Neseia quid sil amor
V. 29-31. Dans les peintures gracieuses comme dans les peintures héroïques, on rencontre presque toujours le grand Ilomére. Le tableau que trace Chénier se trouve dans Homère, Iliade, IV, 130, employé comme comparaison :
H Si réffov /tiv sjjsysv àico %poàf, wj Sri fiijrrip .
ixaiSb( tépyy juivïxv, S6’ SSiï isÇ «t«i Oit vot.
Cf. Nonnus, Dionys., III, 405 ; le Tasse, Ger. lib., XIV, livii.
IDYLLES
Caresse lentement le mol et doux coton. a Approche, bel enfant, approche, lui dit-elle, 40
Toi si jeune et si beau, près de moi jeune et belle.
Viens, ô mon bel ami, viens, assieds-toi sur moi.
Ilis, quel âge, mon fds, s’est écoulé pour toi ?
Aux combats du gymnase as-tu quelque victoire? Aujourd’hui, m’a-t-ou dit, tes compagnons de gloire, i. Trop heureux ! te pressaient entre leurs bras glissants,
Et l’olive a coulé sur tes membres luisants.
Tu baisses tes yeux noirs? Bienheureuse la mère Qui t’a formé si beau, qui t’a nourri pour plaire!
Sans doute elle est déesse. Eli quoi ! ton jeune sein so
Tremble et s’élève? Enfant, tiens, porte ici ta main.
Le mien plus arrondi s’élève davantage.
Ce 11’est pas (le sais-tu? déjà dans le bocage Quelque voile de nymphe est-il tombé pour toi?),
V. 39. Expression fréquente chez les poêles pour expriuier le premier duvet de l’adolescence. Ronsard, Franc., II
Ce jouvencel 5 qui le blond coton,
Première fleur, sort encor du meulou.
Malherbe, p. 47 :
Qu'autant que le premier coton Qui de jeunesse est le message.
Racan, Ode à M. de Bellegarde :
A peine le coton ombrageoit son visage.