‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 149 sur 496 · V. 5 et suiv. Imité de Bion, Idtjl., III · texte numérisé non relu

V. 5 et suiv. Imité de Bion, Idtjl., III

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L’imitation qu'a faite Ronsard, Od., V, xxn, de cette idylle ne manque pas d’une certaine grâce.

V. 14. Apollon, qui garda les troupeaux chez Admète; voy. fiuripidc, Alceste.

V. 15. Ce fut sur les bords du Ladon, fleuve d'Arcadie, près du Ménale, qu’eut lieu la métamorphose de Syrinx en flûte (Ovide, Met., I), la

POÉSIES ASTIQUES.

Forma do neuf roseaux une flûte inégale.

Mais lui, sans écouter mes rustiques leçons,

M’apprenait à son tour d’amoureuses chansons :

La douceur d’un baiser et l’empire des belles ;

Tout l’Olympe soumis à des beautés mortelles; 20

Des flammes de Vénus Pluton même animé;

Et le plaisir divin d’aimer et d’être aimé.

Que ses chants étaient doux! je m’y laissai surprendre.

Mon âme ne pouvait se lasser de l’entendre.

Tous mes préceptes vains, bannis de mon esprit, 25

Pour jamais firent place à tout ce qu’il m’apprit.

Il connaît sa victoire, et sa bouche embaumée Verse un miel amoureux sur ma bouche pâmée.

11 coula dans mon cœur; et, de cet heureux jour,

Et ma bouche et mon cœur n’ont respiré qu’amour. 50

construction de la svrinx ou flûte de Pan est longuement expliquée dans Achilles Tatius, de Élit, et Lcuc., VIII, vi.

V. 21. Allusion à l’enlèvement de Proserpine par Pluton ; vov. Apollodore, I, v; Claudien, Rapt de Proserpine.

V. 22. Trait charmant dont Catulle, XLV, embellit les amours d’Acmé et de Septimius :

Ntinc ab auspicio bono profecti Muluis animis amant, amantur.

C'est là ce plaisir divin que la poésie n souvent célébré ivoy. Plaute, Cist., I, ni, 43 ; le Tasse, Aminte, I, 1), cette amour mutuelle, comme dit André, Élégies, I, ix, 01 , qu’il souhaite à ses plus chers amis.

V. 28. Cette comparaison du baiser à la douceur du miel est fréquente chez les petits poètes grecs. Méléagre, Anth., XII, 133 :

Kai yip iyii rbv xaXbx tv èitOion i pt xtjva;

’AvnOj'Ov, i rjij ttskomx piXt.

Et Argentarius, Anth., V, 32 :

Ketl piXi psv srâÇc tç irzo jfsfitïiv yûiüaa.

Éd. 1826. Après avoir mis 11 connut, au v. 27 :

.Me versa son doux miel sur ma hnurhp pâmée.

Il coula dans mon cœur; et, dès cet heureux jour.

IDYLLES

PANNYCIIIS

Plusieurs jeunes filles entourent un petit enfant... le caressent... « On dit que tu as fait une chanson pour Pannvchis ta cousine ?...

— Oui, je l’aime, Pannvchis... elle est belle; elle a cinq ans comme moi... Nous avons arrondi ce berceau en buisson de roses... Nous nous promenons sous cet ombrage... On ne peut pas nous y troubler, car il est trop bas pour qu’on y puisse entrer. Je lui ai donné une statue de Vénus que mon père m’a faite avec du buis : elle l’appelle sa fille, elle la couche sur des feuilles dans une écorce de grenade... Tous les amants font toujours des chansons pour leur bergère... et moi aussi j’en ai fait une pour elle... — Eh bien, chante-nous ta chanson, et nous te donnerons des raisins, des figues mielleuses... »

Donnez-les-moi d’abord, et puis je vais chanter...

11 tend ses deux mains... on lui donne... et puis.

D’une voix douce et claire il se met à chanter:

VIII. — Cette idylle est imitée de Gessner, Clytnine et Damon ' : « Dis-moi, mon bien-aimé, que veux-tu faire de ce petit autel ?... — ... Ne te souvient-il plus qu'aux jours de notre enfance c'était notre asile favori? Là nous n’étions pas plus hauts que cette jeune ancolie *...

— ... Autour de cet autel je planterai du myrte et des rosiers. Si Pan les protège, leurs rameaux s'élèveront bientôt au-dessus de l'autel et formeront un petit temple de verdure... — Vois-tu ces buissons? ils s'élèvent encore en cintre, quoique incultes maintenant ; c’était notre demeure . Nous en avions élevé la voôte aussi haut que nous pouvions atteindre... — N’avais-je pas planté devant eette maison un petit jardin? Ne l’avions-nous pas entouré d’une lmie de joncs? Une brebis l’eût broutée dans un instant, tant elle était grande. — ... Tu trouvas heureusement une petite image mutilée de l’Amour. En bonne mère, tu lui

1 Dans d'autres éditions, Daphné et Uicon.

' Dans le Premier Navigateur, I, Mélide dit : « Je me souviens du temps oil je n'étais guère plus haute qu'un pied d’œillet. »

« Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m'aimes ;

Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes.

Vois comme je suis grand ! vois comme je suis beau ! ;

Hier je me suis mis auprès de mon chevreau ;

Par Pollux et Minerve ! il 11e pouvait qu’à peine Faire arriver sa tète au niveau de la mienne.

D’une coque de noix j’ai fait un abri sur

Pour un beau scarabée étincelant d’azur ; 10

Il couche sur la laine, et je te le destine.

Ce matin j’ai trouvé parmi l’algue marine Une vaste coquille aux brillantes couleurs ;

Nous l’emplirons de terre, il y viendra des fleurs.

Je veux, pour te montrer une flotte nombreuse, 1."

Lancer sur notre étang des écorces d’yeuse.

Le chien de la maison est si doux ! chaque soir

prodiguais tes soins et tes caresses ; une coquille de noix était son lit ; là, bercé par tes chants, il reposait sur des feuilles de roses. » Puis l'idée de la cigale s’y ajoute ; mais, dans Gessner, la cigale se blesse en s'envolant, et après ces souvenirs de leur enfance, Damon s'écrie : « Ainsi s’écoulèrent les jouis de notre enfance, lorsque dans nos jeux tu étais nia femme et moi ton époux. »

Le nom de Pannychis, qu’André donne a la petite fille, est curieux et témoigne qu’en traçant ce tableau si chaste et si enfantin, il se souvenait de l’épisode licencieux de Giton et de Pannychis, dans Pétrone, Sat., XXV.

V. 5. Avec un goût exquis André applique au petit enfant amoureux de Pannychis des traits qu’il emprunte au discours que dans Ovide, Met., XIII, 810 et suiv., le géant Polyphénie adresse à la blanche Galatée. Ici c’est l’enfant orgueilleux de sa taille comme le géant de la sienne (v. 841) :

Placuitque milii mca forma videnli.

Adspice, sim quantus : non est hoc corpore major Jupiter in cœlo

Polyphénie se compare à Jupiter et le petit cnlant à son chevreau.

V. 10. Pans Ovide, ce sont deux ours que le géant amoureux destine à Galatée.

V. 17-20. A côté de ce tableau nous mettrons une epigramme d'Anvté, Anth., VI, 312 :

'H vf* Sri rot 7t aîSt; in, rpi-/t, ostvtxsiyra Oivrsç, xstl Xaniot fi/ix mpi azopxrt,

IDYLLES

Mollement sur son dos je veux te faire asseoir;

Et marchant devant toi jusques à notre asile,

Je guiderai les pas de ce coursier docile. » 20

...11 s’en va bien baisé, bien caressé... Les jeunes beautés le suivent de loin. Arrivées aux rosiers, elles regardent par-dessus le berceau, sous lequel elles les voient occupés b former avec des buissons de myrte un temple de verdure autour d’un petit autel, pour leur statue de Vénus. Elles rient. Ils lèvent la tète, les voient et leur disent de s’en aller. On les embrasse... et, en s’en allant, la jeune Myrto dit : « Heureux âge !... Mes compagnes, venez voir aussi chez moi les monuments de notre enfance... J’ai entouré d’une baie, pour le conserver, le jardin que j’avais alors... Une chèvre l'aurait brouté tout entier en une heure... C’est là que je vivais avec Clinias; il m’appelait déjà sa femme, et je l’appelais mon époux... Nous n’étions pas plus haut que telle plante (1 ). Nous nous serions perdus dans une forêt de thym... Vous y verrez encore les romarins s’élever en berceau comme des cyprès autour du tombeau de marbre où sont écrits les vers d’Anyté... Mon bien-aimé m avait donné une cigale et une sauterelle ; elles moururent, je leur élevai ce tombeau parmi le romarin. J’étais en pleurs... La belle Anyté $)

Ï7i7«a naiôsiouïi Ocoô mpi va àv âs0A a, ofp’ aùroûs tfopiyi f,~tx rspitopivoxii.

Hans l’Anthologie grecque, on rencontre moins souvent qu’on ne pourrait le croire de ces sortes d’épigraramcs ; l’amour et la mort y jouent un plus grand rôle que l’enfance. — Ces vers charmants d'André nous engagent à rappeler au lecteur un très-joli passage d’Apollonius, Arg., III, 1U, où sont décrits les jeux de Ganymède et de Cupidon.

V. IR. « Mollement. » I'roperce, II, xxvi, a dit en parlant d’Hellé : Aurca quant molli lergore vexit ovis.

11) Ici bien probablement André se serait souvenu, en le modifiant, du vers de Virgile, Égt., VIII, .19 :

Jam fragilis poteram a terra contingere ramos, qu’avait imité le Tasse, Attiinie , I, 11, et que Racan, II, 11, avait ainsi imité de l’italien :

Je n’avois pas douze ans quand la première flamme Des beaux yeux d’Alcidor s’alluma dans mop âme ;

11 me passoit d’un an et de ses petits bras Cueilloit déjà des fruits dans les branches d’en bas.

(2) « Anyté, » poétesse d’une époque incertaine, dont fait mention T: lien. Or. ad C,r. Elle a laissé quelques épigrammes sur des oiseaux.

passa, sa Ivre à la main : « Qu’as-tu? me demanda-l-elle. — Ma cigale el ma sauterelle sont mortes... — Ah! dit-elle, nous devons tous mourir... » (Cinq ou six vers de morale.) Puis elle écrivit sur la pierre :

« O sauterelle, à toi, rossignol des fougères,

A toi, verte cigale, amante des bruyères,

Myrto de cette tombe éleva les honneurs,

Et sa joue enfantine est humide de pleurs ;

Car l’avare Achéron, les Sœurs impitoyables sr>

Ont ravi de ses jeux ces compagnons aimables. »

dos épitaphes o.t des épigraphes; vov. Brunck, Anal., I, p. 197. Bans ce qui nous reste d’elle, il y a une grande douceur et une délicate sensibilité. Méléagre, Anal., 1, p. 1, r, a comparé ses poésies à des lis.

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