‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 201 sur 496 · I.IVRF. I. — MEDITATIONS. — VOYAGES · texte numérisé non relu

I.IVRF. I. — MEDITATIONS. — VOYAGES

Dormir et ne rien faire, inutile poëte.

Goûter le doux oubli d’une vie inquiète!

Vous savez si toujours, dès mes pins jeunes ans,

Mes rustiques souhaits m’ont porté vers les champs ;

Si mon cœur dévorait vos champêtres histoires, 25

Cet âge d’or si cher à vos doctes mémoires,

Ces fleuves, ces vergers, Eden aimé des cieux Et du premier humain berceau délicieux;

L’épouse de Booz, chaste et belle indigente,

Qui suit d’un pas tremblant la moisson opulente; 31

Joseph, qui dans Sicliem cherche et retrouve, hélas!

Ses dix frères pasteurs qui ne l’attendaient pas;

Rachel, objet sans prix qu’un amoureux courage N’a pas trop acheté de quinze ans d'esclavage.

Oh! oui, je veux un jour, en des bords retirés, 35

Sur un riche coteau ceint de bois et de prés,

Avoir un humble toit, une source d’eau vive Qui parle, et dans sa fuite et féconde et plaintive Nourrisse mon verger, abreuve mes troupeaux.

V. 21. André partage sa vie, comme la Fontaine, en deux parts, ipii se passent

L'une à dormir, et l’autre a ne rien faire.

V. 22. C'est l 'oblivin vitœ d'Horace; voy. au vers 35. Ronsard, Am., I lxxvi, a dit : a Le doux oubli du tourment où je suis. »

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