LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES
Se pressaient, nous dit-on, sur les traces d’Orphée ; 40
Des murs, fils de la lyre, ont gardé les Thébains;
Arion à la lyre a dû de longs destins.
Je lui dois des plaisirs : j’ai vu plus d’une belle,
A mes accents émue, accuser l’infidèle
Qui me faisait pleurer et dont j’étais trahi, 45
Et souhaiter l’amoür de qui le sent ainsi.
Mais, dieux ! que de plaisir quand, muette, immobile,
Mes chants font soupirer ma naïve Camille ;
Quand mon vers, tour à tour humble, doux, outrageant. Éveille sur sa bouche un sourire indulgent ; 50
Quand, ma voix altérée enflammant son visage.
Son baiser vole et vient l’arrêter au passage !
Oh ! je ne quitte plus ces bosquets enchanteurs Où rêva mon Tibulle aux soupirs séducteurs,
Où le feuillage encor dit Corinne charmante, 55
Où Cynthie est écrite en l’écorce odorante.
Où les sentiers français ne me conduisaient pas,
Où mes pas de Le Brun ont rencontré les pas.
Ainsi, que mes écrits, enfants de ma jeunesse.
Soient un code d’amour, de plaisir, de tendresse ; 60
V. 41. Thèbes, fondée par Cadmus, fut agrandie par Zéthus et par Amphion, qui, dit-on, amenait les pierres an son de la Ivre ; vov. Apolt., Arg., I, 735.