V. 45. En rapprochant de ce vers le v. 40, et en lisant
Mais, oli ! que mollement reposera ma cendre,
*' Si vos clianls de mes feux vout redisant l'histoire;
Si parfois, un penchant impérieux et tendre Vous guidant vers la tombe où je suis endormi.
Vos yeux en approchant pensent voir leur ami ;
Si vos chants de mes feux vont redisant l’histoire;
Si vos discours flatteurs, tout pleins de ma mémoire, 50 Inspirent à vos fils, qui ne m'ont point connu, h 'ennui de naître à peine et de m’avoir perdu!
Qu’à votre belle vie ainsi ma mort obtienne Tout l’âge, tous les biens dérobés à la mienne;
Que jamais les douleurs, par de cruels combats, 55
N’allument dans vos flancs un pénible trépas ;
Que la joie en vos cœurs ignore les alarmes ;
Que les peines d’autrui causent seules vos larmes ;
Que vos heureux destins, les délices du ciel,
Coulent toujours trempés d’ambrosie et de miel, gj
Et ndn sans quelque amour paisible et mutuelle.
Et quand la mort viendra, qu’une amante fidèle,
Près de vous désolée, en accusant les dieux,
Pleure, et veuille vous suivre, et vous ferme les veux.
Souffre un moment encor : tout n’est que changement.
L’axe tourne, mon cœur : souffre encore un moment.
on aurait, admirablement rendus, les deux vers de Virgile, Égl., X, 33 :
... 0 mihi tum quam inolliter ossa quicscaut,
Vestra meos olim si tislula dicat amores !
V. 51. Sur cette pensée souvent exprimée par les anciens, voy. Élégies, III, vi, 34.
X. — V. 2. « Axe, » poétique pour roue, char. Homère, {/., XVI, 378, emploie âÇwv pour rpo^ài :
'Tjrô S' i.% oai yüTs; eniirro*
Et Virgile, Én., V, 820, axis pour currus :
Tumidumquo su)) aie louant i
Stemitur æquor aquis
178 ÉLÉGIES
La vie est-elle toute aux ennuis condamnée ?
L’hiver ne glace point tous les mois de l’année.
L’Eurus retient souvent ses bonds impétueux ; 5
Le fleuve, emprisonné dans des rocs tortueux,
Lutte, s’échappe, et va, par des pentes fleuries,
S’étendre mollement sur l’herbe des prairies.
C’est ainsi que, d’écueils et de vagues pressé,
Pour mieux goûter le calme il faut avoir passé, io
Des pénibles détroits d’une vie orageuse,
Dans une vie enfin plus douce et plus heureuse.
La Fortune arrivant à pas inattendus
Frappe, et jette en vos mains mille dons imprévus :
La comparaison de la vie humaine à la roue se retrouve dans Anacréon, Od., IV :
Tpo/ôi ûpfiaroi y Srp o7a gforos Tptyii xuhsSttf.
Cf. Plutarque, Gnns, ad Apoll., V; Silius Italicus, Bell. Punie., VF, 121 ; Hérodien, llist. rotn., I.