LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES. ü
Je il aurais point en vers de délices trempés,
Et de l’art des plaisirs mollement occupés, i:>
Plein des douces fureurs d’un délire profane,
Livré nue aux regards ma Muse courtisane.
J’aurais, jeune Romain, au sénat, aux combats, 1 Usé pour la patrie et ma voix et mon bras ;
Et si du grand César l’invincible génie 2u
A Pharsale eût fait vaincre enfin la tyrannie.
J’aurais su, finissant comme j’avais vécu,
Sur les bords africains, défait et non vaincu,
Fils de la Liberté, parmi ses funérailles,
D’un poignard vertueux déchirer mes entrailles ! ?s
Et des pontifes saints les bancs religieux Verraient même aujourd’hui vingt sophistes pieux Prouver en longs discours appuyés de maximes Que toutes mes vertus furent de nobles crimes ;
Que ma mort fut d’un lâche, et que le bras divin 5e
M’a gardé des tourments qui n’auront point de fin.
Mais, mes deux amis, mes compagnons, je ne veux point souhaiter un monde meilleur où vous ne seriez pas! I lût au ciel que nous y eussions été ensemble. Nous aurions formé un triumvirat plus vertueux que celui... Mais vivons comme ces grands hommes. Que la fortune en agisse avec nous comme il lui plaira : nous sommes trois (Outre elle ('). (Tout cela doit être fait de verve et sur les lieux.) (*).
V. ‘23. Montaigne, I, xxx : a Celui qui tombe obstiné en son courage., il est battu non pas de nous mais de la fortune ; il est tué, non p: vaincu. »