‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 246 sur 496 · LIVRE I. — MÉDITATIONS. - VOYAGES. 1U · texte numérisé non relu

LIVRE I. — MÉDITATIONS. - VOYAGES. 1U

11 reconnaît le port couronné de rochers r»

Où le vieillard des mers accueille les nochers,

Et que l’olive épaisse entoure de son ombre ;

Il retrouve la source et l’antre humide et sombre Où l’abeille murmure, où, pour charmer les yeux,

Teints de pourpre et d’azur, des tissus précieux 10

Se forment sous les mains des naïades sacrées ;

Et dans ses premiers vœux ces nymphes adorées (Que ses yeux n’osaient plus espérer de revoir),

De vivre, de régner lui permettent l’espoir.

0 des fleuves français brillante souveraine, 15

Salut ! ma longue course à tes bords me ramène,

Moi que ta nymphe pure en son lit de roseaux Fit errer tant de fois au doux bruit de ses eaux ;

Moi qui la vis couler plus lente et plus facile,

Quand ma bouche animait la flûte de Sicile; 90

Moi, quand l’amour trahi me fit verser des pleurs,

Qui l’entendis gémir et pleurer mes douleurs.

Tout mon cortège antique, aux chansons langoureuses, Revoie comme moi vers tes rives heureuses.

Promptes dans tous mes pas à me suivre en tous lieux, 25 Le rire sur la bouche et les pleurs dans les yeux,

Partout autour de moi mes jeunes Elégies

parole. Artémidore d'Éphèse, V, en constate l'existence, et Porphyre écrit une longue dissertation, de Antro Nympharum.

V. 15. André parle de la Seine comme Virgile de l’Éridan et du Tilire. Catulle, XXXI, revenant de Bithynio, s’écrie, ému à la vue de sa patrie :

Salve, o venusla Sirraio, atque hero gaude ;

Gaudete, vosque Lydiæ lacus undæ ;

Ridete quidquid est domi cachinnorum.

V. 19-22. Ces quatre vers se retrouvent dans un e Éptlre à I.e Brun, vers 61-04.

V. 20. « 1m flûte de Sicile, a c’est la dote de Théocrite. Virgile, Éyl , X, 51 .

Basions Siculi modulabor aveua.

ÉLÉGIES

Promenaient les éclats de leurs folles orgies ;

Et, les cheveux épars, se tenant par la main,'

De leur danse élégante égayaient mon chemin. 5o

Il est bien doux d’avoir dans sa vie innocente Une Muse naïve et de haines exempte.

Dont l’honnête candeur ne garde aucun secret;

Où l’on puisse, au hasard, sans crainte, sans apprêt.

Sur de ne point rougir en voyant la lumière, K

Répandre, dévoiler son âme tout entière.

C’est ainsi, promené sur tout cet univers,

Que mon cœur vagabond laisse tomber des vers.

De ses pensers errants vive et rapide image.

Chaque chanson nouvelle a, son nouveau langage, 40

Et des rêves nouveaux un nouveau sentiment :

Tous sont divers, et tous furent vrais un moment. ,

Mais que les premiers pas ont d’alarmes craintives!

Nymphe de Seine, on dit que Paris sur tes rives

V. 30. Composition charmante qui pourrait vivre sur la toile. N’est-ce pas ainsi que dans Homère, llym. à Apollon, 514, s'avance le dieu de la poésie, sa cithare à la main, tandis qu’autour de lui les Cretois dansent en chantant un pæan joyeux? . .

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