‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 284 sur 496 · LIVRE II. — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CAMILLE

Viens me verser la paix et l’oubli de mes maux. 55

Ensevelis au fond de tes dormantes eaux Le nom de Lycoris, ma douleur, mes outrages.

Un jour peut-être aussi, sous tes riants bocages,

Lycoris, quand ses yeux 11e verront plus le jour,

Reviendra tout en pleurs demander mon amour ; 60

Me dire que le St\x me la reftd plus sincère,

Qu’à moi seul désormais elle aura, soin de plaire ;

Que cent fois, rappelant notre antique lien,

Elle a vu que son cœur avait besoin du mien.

Lycoris à mes yeux ne sera plus charmante : 60

Pourtant... 0 Lycoris! ô trop funeste amante!

Si tu l’avais voulu, Gallus, plein de sa foi,

Avec toi voulait vivre et mourir avec toi.

Mes chants savent tout peindre ; accours, viens les entendre ; Ma voix plaît, ô Camille, elle est flexible et tendre.

Philomèle, les bois, les eaux, les pampres verts,

Les Muses, le printemps, habitent dans mes vers.

Le baiser dans mes vers étincelle et respire. 5

V. 50. Horace, Épodes, XIV : a Pocula Lcthæos duccntia sornnos. »

V. 00. La Fontaine, Fab., XII, xxvi, a imaginé la même fiction lorsque Alcimadure rejoint Daphnis aux enfers :

Cependant de Daphnis l'ombre au Styx descendue Frémit et s'étonna, la voyant accourir.

Tout l’Érébc entendit cette belle homicide S'excuser au berger, qui ne daigna l’ouïr,

Pas plus qu'Ajax llysse et Didon son perlide.

V. 08. I e. Brun, s'inspirant comme André de la Xe églogue de Virgile, termine ainsi son élégie sur l'Infidélité d'une amante :

J’eus c clé trop heureux si les destins jaloux M’eussent permis de vivre ou d’expirer pour vous.

Pensée qui rappelle la chute célèbre d’une ode d’Horace (III, ix) : Tecum vivcrc amem, tecuin obeam libens.

ELEGIES

La source au pied d’argent, qui m’arrête et soupire,

Y roule en murmurant son flot léger et pur.

Souvent avec les cieux ils se parent d’azur.

Le souffle insinuant, qui frémit sous l’ombrage,

Voltige dans mes vers comme dans le feuillage. 10

Mes vers sont parfumés et de myrte et de fleurs,

Soit les fleurs dont l’été ranime les couleurs,

Soit celles que seize ans, été plus doux encore,

Sur ta joue innocente ont l’art de faire éclore.

Va, sonore habitant de la sombre vallée,

Vole, invisible écho, voix douce, pure, ailée,

Qui, tant que de Paris m’éloignent les beaux jours,

Aimes à répéter mes vers et mes amours.

IV. — V. 0. Voy. ci-dessus. Èlég., XXI, 47. Cf. Hésiode, Throy., 1006; Orphée, Arg., 383. Pindarc, Pyth., IX, 16 ; « ’ApyvpêntÇ' ’Açîoiéra. » La Fontaine, Fab., XI, vi, a dit :

De l'astre ou front d'argent la face circulaire.

V. 13. Comparaison fréquente chez les poètes. Térence, Eumtc/tus, II, iv, 25 :

Color verus, corpus solidum, et succi plénum. — Anni ? — A tint sedecim.

— Flos ipse.

Voy. le Tasse, Aminte, II, 1. — Cette Camille est-elle la Camille de la Lampe ? Certainement non. André a chanté plusieurs femmes sous le nom de Camille. M. de Latouche d’ailleurs a peut-être mis le nom de Camille où André avait mis, soit un autre nom, soit des points.

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