LIVRE II. — CAMILLE
Sache que trop d’amour excite leur dédain. 15
Laisse-la quelquefois te désirer en vain.
Il est bon, quelque orgueil dont s’enivrent ces belles.
De leur montrer pourtant qu’on peut se passer d’elles.
Viens, et loin d’être faible, allons, si tu m’en crois,
Respirer la fraîcheur de la nuit et des bois ; 20
Car, dans cette saison de chaleurs étouffée,
Tu sais, le jour n’est bon qu’à donner à Morphée.
Allons. Et pour Camille, elle n’a qu’à dormir. »
Passons devant ses murs. Je veux, pour la punir,
Je veux qu’à sou réveil demain on lui rapporte 25
Qu’on m’a vu : je passais sans regarder sa porte.
Quelle s’écrie alors, les larmes dans les yeux,
Que tout homme est parjure, et qu’il n’est point de dieux ! Tiens, c’est ici. Voilà ses jardins, solitaires Tant de fois attentifs à nos tendres mystères ; 30
Et là, tiens, sur ma tète est son lit amoureux,
Lit chéri, tant de fois fatigué de nos jeux.
Ah! le verre et le lin, délicate barrière,
Laissent voir à nos yeux la tremblante lumière
Qui, jusqu’à l’aube au teint moins que le sien vermeil, 35
Veille près de sa couche et garde son sommeil.
C’est là qu’elle m’attend. Oh ! si tu l’avais vue,
Quand, fermant ses beaux yeux, mollement étendue,
Laissant tomber sa tète, un calme pur et frais
Comme aux anges du ciel fait reluire ses traits ! 40