V. 11. Voy. Poés. ant., Élég., III
ÉLÉGIES
Tu verras, comme toi, si mou cœur est paisible.
J’ai soulevé, pour toi, sur ma couche pénible,
Ma tête appesantie. Assis et plein de toi, 15
Le nocturne flambeau qui luit auprès de moi Me voit, en sons plaintifs et mêlés de caresses,
Verser sur le papier mou cœur et mes tendresses.
O Camille, tu dors! tes doux yeux sont fermés.
Ton baleine de rose aux soupirs embaumés 20
Entr’ouvre mollement tes deux lèvres vermeilles.
Mais, si je me trompais, dieux! ô dieux! si tu veilles,
Et, lorsque loin de toi j’endure le tourment D’une insomnie amère, aux bras d’un autre amant.
Four toi, de cette nuit qui s’échappe trop vite, 43
Une douce insomnie embellissait la fuite !
Dieu d’oubli, viens fermer mes yeux. 0 dieu de paix, Sommeil, viens, fallùt-il les fermer pour jamais!
Un autre dans ses bras! ô douloureux outrage!
Un autre! ô honte! ô mort! ô désespoir! ô rage! 30
Malheureux insensé, pourquoi, pourquoi les dieux A juger la beauté formèrent-ils mes yeux?
Pourquoi cette âme faible et si molle aux blessures