‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 322 sur 496 · LIVRE II. — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CAMILLE

De venir la surprendre au moment que ses yeux 15

S’efforcent de s’ouvrir à la clarté des cieux,

Douce dans son éclat, et fraîche et reposée.

Semblable aux autres fleurs, filles de la rosée!

Oh ! quand j’arriverai, si, livrée au repos,

Ses yeux n’ont point encor secoué les pavots, 20

Oh ! je me glisserai vers la plume indolente,

Doucement, pas à pas, et ma main caressante Et mes fougueux transports feront à son sommeil Succéder un subit, mais un charmant réveil ;

Elle reconnaîtra le mortel qui l’adore, 25

Et mes baisers longtemps empêcheront encore Sur ses yeux, sur sa bouche, empressés de courir,

Sa bouche de se plaindre et ses yeux de s’ouvrir.

Mais j’entrevois enfin sa porte souhaitée.

Que de bruit ! que de chars ! quelle foule agitée ! 50

Tous vont revoir leurs biens, leurs chimères, leur or.

Et moi, tout mon bonheur, Camille, mon trésor.

Hier, quand malgré moi je quittai son asile,

Elle m’a dit : « Pourquoi t'éloigner de Camille ?

Tu sais bien que je meurs si tu n’es près de moi. « 35

Ma Camille, je viens, j’accours, je suis chez toi.

Le gardien de tes murs, ce vieillard qui m’admire,

V. 15. Voy., dans Y Art d'aimer, la même pensée traitée autrement : Viens près d'elle au matin, quand le dieu du repos, etc.

Cf. Gent. Bernard, Art d’aimer, II :

C’est au matin qu'un amant pins heureux, etc.

V. 16. Properce n’a pas omis ce détail ravissant; mais dans Properce, I, ni, 31, c'est la lune qui envahit la chambre de la belle dormeuse :

Donec diversas pcrcurrens luna fenestras,

Luna moraturis sedula iuminibus,

Compositos levibus radiispatefeeil ocellos.

V. 21. « La plume indolente. » Avec quel art André relève un détail un peu érotique par une épithète toute poétique I Jamais, comme Bertin, Am., I, iv, il n'aurait peint la Pudeur entre deux draps.

M’a vu passer le seuil et s’est mis à sourire.

Bon ! j’ai su (les amants sont guidés par les dieux)

Monter sans nul obstacle et j’ai lui tous les yeux. 40

Ali! que vois-je?... Pourquoi ma porte accoutumée.

Cette porte secrète, est-elle donc fermée?

Camille, ouvrez, ouvrez, c’est moi. L’on ne vient pas.

Ciel ! elle n’est point seule ! On murmure tout lias.

Ali! c’est la voix de Lise. Elles parlent ensemble. 4X

On se bâte ; l’on court ; on vient enfin ; je tremble.

Qu’est-ce donc ? A m’ouvrir pourquoi tous ces délais ? Pourquoi ces yeux mourants et ces cheveux défaits ?

Pourquoi cette terreur dont vous semblez frappée?

D’où vient que me voyant Lise s’est échappée? 50

J’ai cru, prêtant l’oreille, ouïr entre vous deux Des murmures secrets, des pas tumultueux.

Pourquoi cette rougeur, cette pâleur subite?

Perfide! un autre amant?... Ciel ! elle a pris la fuite.

Ab ! dieux ! je suis trahi. Mais je prétends savoir... *,5

Lise, Lise, ouvrez-moi, parlez ! mais fol espoir !

La digne confidente auprès de sa maîtresse Lui travaille à loisir quelque subtile adresse.

Quelque discours profond et de raisons pourvu,

Par qui ce que j’ai vu, je ne l’aurai point vu. co

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