LIVRE II. — CAMILLE
De ces regards léconds en douces impostures?
Une amante moins belle aime mieux, et du moins, 3L
Humble et timide à plaire, elle est pleine de soins ;
Elle est tendre; elle a peur de pleurer votre absence.
Fidèle, peu d’amants attaquent sa constance;
Et son égale humeur, sa facile gaîté,
L’habitude, à son front tiennent lieu de beauté. 40
Mais celle qui partout fait conquête nouvelle,
Colle qu’on ne voit point sans dire : « Qu’elle est belle! « Insulte, en sou triomphe, aux soupirs de l’amour. Souveraine au milieu d’une tremblante cour,
Dans son léger caprice inégale et soudaine, as
« Molle », sensible. Properce, III, xv, 29, dit . « Lacrymis Ampliiona mollern. » Ovide, lier., XV, 79 :
Molle meum lcvibusquo cor est violahile telis. et Properce, II, xxu, dont André parait surtout s’être souvenu :
Quæris, Demophoon, cor sim tam mollis in omnes.
V. 55 et suiv. On a admiré avec raison la coupe savante de ces vers. Voici des vers de Racine, Atidromar/uc, IV, v, coupés absolument rte même :
Achevez votre hymen, j'y consens ; mais, du moins,
Ne forcez pas mes yeux d'en être les témoins.
Ovide, Am., Il, xvn :
Atque utinam dominæ miti quoque præda fuissem,
Formosæ quoniam præda futures eram.
Dat faciès animos : facie violenta Corinna est.
Cette élégie, un modèle, s'éloigne de la satire d'Horace, I, h, où il est parlé de la matrone et de la courtisane. I.a crudité de la satire d’Horace ne devait pas tenter le goût délicat d’André. Mais Régnier, dans son épître II, a marché hardiment sur les traces du poète latin. Voici quelques vers qui se rapportent à la même pensée ; André n’eût pu dire mieux ni dans uu plus grand style :
Aimer en trop haut lieu une dame hautaine,
C’est aimer en soucy le travail et la peine ;
C’est nourrir son amour de respect et de soin.
Je suis saoul de servir le chapeau dans le poing,
Et fuy plus que la mort l'amour d'une grand dame.
Toujours, comme un forçai, il faut être à la rame,
Naviguer jour et nuit, et sans profit aucun.
Porter tout seul le faix de ce plaisir commun.
ÉLÉGIES
Tendre et douce aujourd’hui, demain froide et hautaine,
Si quelqu’un se dérobe à ses enchantements,
Qu’est-ce enfin qu’un de moins dans un peuple d’amants?
On brigue ses regards, elle s’aime et s’admire,
Et ne connaît d’amour que celui qu’elle inspire. &o
Allons, l’heure est venue, allons trouver Camille.
Elle me suit partout. Je dormais, seul, tranquille;
Un songe me l’amène, et mon sommeil s’enfuit.
Je la voyais en songe au milieu de la nuit ;
Elle allait me cherchant sur sa couche fidèle, 5
Et me tendait les bras et m’appelait près d’elle.
Les songes ne sont point capricieux et vains ;
Ils ne vont point tromper les esprits des humains.
De l’Olympe souvent un songe est la réponse ;
Dans tous ceux des amants la vérité s’annonce. 10
Quel air suave et frais ! le beau ciel ! le beau jour !
Les dieux me le gardaient ; il est fait pour l’amour.
Quel charme de trouver la beauté paresseuse,
De venir visiter sa couche matineuse,