‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 366 sur 496 · V. 58. Éil. 1820 U · texte numérisé non relu

V. 58. Éil. 1820 U

Vivre est le regarder, l'aimer et le le dire.

VIII. — Celle pièce se recommande tout particulièrement à l'attention du lecteur ; c’est certainement une des plus touchantes élégies d’André Chénier et un des plus parfaits morceaux qu’il ait écrits. — La situation de l’àme du poète à cette époque est facile à saisir. Pendant toute l’année 1792, André s’est lancé dans une polémique violente ; mais, froissé dans son amour pour les vertus et les lois, et, après la mort du roi, désespérant presque du salut de la patrie, que tiennent en leurs mains les Robespierre, les Collol d’IIerbois, les Saint-Just ; trahi dans ses amitiés, forcé presque au mépris pour ceux qu’il a aimés et célébrés, il quitte Paris et se réfugie à Versailles, se vouant tout entier « à l’élude des lettres et des langues antiques. » Mais là, après tant d'agitations morales, son âme, d'ennui consumée, s'endort dans les langueurs. Seul, un amour pur le ravit à ses douloureuses méditations; Fanny jette un rayon dans cette âme tourmentée, mais toujours animée par trois grandes idées : l’art, l'amour, la patrie. Voilà, en effet, les trois notes qui résonnent successivement dans cette pièce, qui en sont le thème mélodieux connue elles le sont de la vie d'André tout entière.

ÉLÉGIES

D’où souvent les monts et les plaines io

Vont dirigeant mes pas aux campagnes prochaines,

Sous de triples cintres d’ormeaux.

Les chars, les royales merveilles,

Des gardes les nocturnes veilles,

Tout a fui; des grandeurs tu n’es plus le séjour. i;.

Mais le sommeil, la solitude,

Dieux jadis inconnus, et les arts, et l’étude,

Composent aujourd’hui ta cour.

Ah! malheureux! à ma jeunesse Une oisive et morne paresse 20

Ne laisse plus goûter les studieux loisirs.

Mon âme, d’ennui consumée,

S’endort dans les langueurs; louange et renommée N’impiiètent plus mes désirs.

L’abandon, l’obscurité, l’ombre, 25

Une paix taciturne et sombre,

Voilà tous mes souhaits. Cache mes tristes jours,

Et nourris, s'il faut que je vive,

De mou pâle flambeau la clarté fugitive,

Aux douces chimères d’amours. 30

L’âme 11’est point encor flétrie,

La vie encor n’est point tarie,

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