‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 384 sur 496 · A. LE BRL>' ET A BRAZAIS · texte numérisé non relu

A. LE BRL>' ET A BRAZAIS

Caton, Brultis, Pompée, cl Sulpice et Varron !

Ces héros, dans le sein de leur ville perdue,

S’assemblaient pour pleurer la liberté vaincue.

Unis par la vertu, la gloire, le malheur, j:»;.

Les arts et l’amitié consolaient leur douleur.

Sans l’amitié, quel antre ou quel sable infertile N’eût été pour le sage un désirable asile,

Quand du Tibre avili le spectre ensanglanté

Armait la main du vice et la férocité; ico

Quand d’un vrai citoyen l’éclat et le courage

Réveillaient du tyran la soupçonneuse rage ;

Quand l’exil, la prison, le vol, l’assassinat,

Étaient pour l’apaiser l’offrande du Sénat?

Thraséa, Soranus, Sénécion, Rustique, ic:>

Vous tous, dignes enfants de la patrie antique.

Je vous vois tous amis, entourés de bourreaux,

Braver du scélérat les indignes faisceaux,

Bu lâche délateur l’impudente richesse,

Et du vil affranchi l’orgueilleuse bassesse. ito

Je vous vois, au milieu des crimes, des noirceurs,

Garder une patrie et des lois et des mœurs;

Traverser d’un pied sûr, sans tache, sans souillure,

Les flots contagieux de cette mer impure;

Vous créer, au flambeau de vos mâles aïeux, 175

Saint-Lambert, Etc, appelle le sénat romain

Conseil de demi-dieux qu’adore l'univers.

Et Gilbert, Sat. du dix-neuvième siècle, s'est écrié :

Quels demi-dieux enfin nos jours ont-ils vus naître ?

V. 175. André a transporté cette befte pensée dans Y Hermès, en la généralisant :

La patrie, au milieu des embûches, des traîtres,

Remonte en sa mémoire, a recours aux ancêtres.

Cherche ce qu'il» feraient en un danger pareil,

Et des siècles vieillis assemble le conseil.

Et le flambeau des mâles aiciix n'est-ce pas cette clarté que, dans une note de Y Hermès, il compare à la queue étincelante des comètes?

EPITUES.

Sur ce monde profane un inonde vertueux.

Oh ! viens rendre à leurs noms nos âmes attentives,

Amitié! de leur gloire ennoblis nos archives.

Viens, viens : que nos climats, par ton souille épurés, Enfantent des rivaux à ces hommes sacrés. iso

Rends-nous hommes comme eux. Fais sur la France heureuse Descendre des Vertus la troupe radieuse,

De ces tilles du ciel qui naissent dans ton sein.

Et toutes sur tes pas se tiennent par la main.

Ranime les beaux-arts, éveille leur génie, iss

Chasse de leur empire et la haine et l’envie :

Loin de toi dans l’opprobre ils meurent avilis;

Pour conserver leur trône ils doivent être unis.

Alors de l’univers ils forcent les hommages :

Tout, jusqu’à l'iutus même, encense leurs images; 190 Tout devient juste alors; et le peuple et les grands,

Quand l’homme est respectable, honorent les talents.

Ainsi l’on vit les Grecs prôner d’un même zèle La gloire d’Alexandre et la gloire d’Apcllc;

La main de Phidias créa des immortels, iss

Et Smyrne à son Homère éleva des autels.

Nous, amis, cependant, de qui la noble audace Veut atteindre aux lauriers de l’antique Parnasse,

Au rang de ces grands noms nous pouvons être admis.

Soyons cités comme eux entre les vrais amis ; son

Qu'au delà du trépas notre âme mutuelle Vive et respire encor sur la lyre immortelle;

Que nos noms soient sacrés; que nos chants glorieux

V. 202. N’est-ce pas la pensée de Théoerilo, Ithjl., XII, 18 .

rsv5«?$ Sk OtïJXO?t/J«V ÊTTîtTCC

«yyfi).ctsv èjuLOi t àvéçoûov *A yépovrx •

« *1! vyv tpiXirr,; zu.1 rsO yjzpiivzoi àtT£&>

« tiuoi oc à vràuuxoi, /J.ITX vjiOiotu jtisiXt rrct. »

A LE BRUN

Soient pour tous les amis un code précieux ;

Qu’ils trouvent dans nos vers leur âme et leurs pensées; 205 Qu’ils raniment encor nos muses éclipsées,

Et qu'en nous imitant ils s’attendent un jour D’être chez leurs neveux imités à leur tour.

A LE BRUN

Laisse gronder le Rhin et ses (lots destructeurs,

Muse ; va de Le Brun gourmander les lenteurs.

Vole aux bords fortunés où les champs d’Élysée De la ville des lis ont couronné l’entrée ;

Aux lieux où sur l’airain Louis ressuscité Contemple de Henri le séjour respecté,

Et des jardins royaux l’enceinte spacieuse.

Abandonne la rive où la Seine amoureuse,

Lente et comme à regret quittant ces bords chéris,

Du vieux palais des rois baigne les murs flétris, 10

Et des (ils de Coudé les superbes portiques.

III. — Cette épitre semble imitée d’Ovide, Tristes, III, vu :

Vade salutalum subito, pcrarat.i, Perillam Uttera, sennonis lida ministre moi.

Aut iilam invenies dulci cum maire scdentem,

Aut inter libres Pieridasquc suas.

Quidquid aget, cum te scierit vcnisse, relin<|uct :

Nec mora, quid venias, quidve requirct, agam.

1,’épître d’André a aussi le plus grand rapport avec celle de Stuce à Victorius Marcellus (St/ 1res, IV, iv). Stace, comme André, trace à sa Muse le cliemin qu'elle doit suivre pour aller trouver son ami.

V. 2. André s'adresse à sa Muse, comme Horace dans l 'Épitre à Celsus (I, via) :

CeUo gaudere et bene rem gererc Albinovano,

Musa rogata, refer, comiti scribreque Ncronis.

V. 10. I,e Brun était alors logé au Louvre ; mais l'été sans doute il allait Habiter Passy : c’élait là son Ilélicon, comme le dit André.

Page 1