‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 388 sur 496 · V. 00. Éd · texte numérisé non relu

V. 00. Éd

D'adorer les nœuf Sœurs, et toujours, après Loire.

A LE BU U N

— Ces messieurs plus féconds, dis-je, sont toujours prêts. Mais moi, que le caprice et le hasard inspire,

Je n'ai jamais sur moi rien qu’on puisse vous lire.

— Bon! bon! Et cet Hermès, dont vous ne parlez pas, 75 Que devient-il? — Il marche, il arrive à grands pas.

— Oh! je m’en fie à vous. — Hélas! trop, je vous jure.

— Combien de chants de faits? — Pas un, je vous assure.

— Comment? — Vous avez vu sous la main d’un fondeur

Ensemble se former, diverses en grandeur, 80

Trente cloches d’airain, rivales du tonnerre?

Il achève leur moule enseveli sous terre,

Puis, par un long canal en rameaux divisé,

Y fait couler les flots de l’airain embrasé ;

Si bien qu’au même instant, cloches, petite et grande, 8s Sont prêtes, et chacune attend et ne demande Qu’à sonner quelque mort, et du haut d’une tour Réveiller la paroisse à la pointe du jour.

Moi, je suis ce fondeur : de mes écrits en foule

Je prépare longtemps et la forme et le moule, 90

Puis sur tous à la fois je lais couler l’airain.

Rien n’est fait aujourd’hui, tout sera fait demain. »

Ami, Phœbus ainsi me verse ses largesses.

Souvent des vieux auteurs j’envahis les richesses.

V. 79-92. Egger, HL%t. de t hellénisme, II, p. 554 : « Une lettre inédite à de l’ange l’aîné (Londres, fin de mai 1791) nous offre en prose l’expression de la même idée, a

V. 94. Nous ne pouvons omettre de citer ici, en regard des vers d'André, les beaux vers de La Fontaine, Épllre à Mgr de Soissons :

Quelques imitateurs, sot bétail, je l'avoue,

Suivent en vrais moutons le pasteur de Mautoue. l'en use d'autre sorte ; et me laissant guider,

Souvent à marcher seul j'ose me hasarder.

On me verra toujours pratiquer cet usage.

Mon imitation n'est point un esclavage : le ne prends que l'idée, et les tours et les lois Que nos maîtres suivoieut eux-mêmes autrefois.

ÉPURES

Plus souvent leurs écrits, aiguillons généreux, or>

M’embrasent de leur flamme, et je crée avec eux. lin juge sourcilleux, épiant mes ouvrages,

Tout à coup à grands cris dénonce vingt passages Traduits de tel auteur qu’il nomme; et, les trouvant,

11 s’admire et se plait de se voir si savant. ioo

Que ne vient-il vers moi? je lui ferai connaître Mille de mes larcins qu’il ignore peut-être.

Mon doigt sur mon manteau lui dévoile à l’instant

La couture invisible et qui va serpentant

Pour joindre à mon étoffe une pourpre étrangère. ios>

Je lui montrerai l’art ignoré du vulgaire

De séparer aux yeux, en suivant leur lien,

Tous ces métaux unis dont j’ai formé le mien.

Tout ce que des Anglais la muse inculte et brave,

Tout ce que des Toscans la voix fière et suave, 110

Si d’ailleurs quelque endroit plein chez eux d’excellence Peut entrer dans mes vers sans nulle violence,

•le l’y transporte, et veux qu’il n’ait rien d’affecté,

Téchaut de rendre mien cet air d'antiquité.

Je vois avec douleur ces routes méprisées :

Arts et guides, tout est dans les champs Élysées...

Térence est dans mes mains; je m’instruis dans Horace;

Homère et son rival sont mes dieux du Parnasse.

On le voit, le même génie anime La Fontaine et Chénier. Dans cette épître, tout ce dernier passage est d’une beauté incomparable ; André s’y place au premier rang des écrivains. Nous n’avons que rarement laissé percer notre admiration, voulant toujours laisser libre celle du lecteur ; mais ici nous ne pouvons négliger le témoignage de M. Boissonade, qui’ dans ses notes manuscrites, s’écrie ; « Que toute cette page est belle ! »

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