‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 425 sur 496 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Dans nos vastes cités, par le sort partagés,

Sous deux injustes lois les hommes sont rangés.

Les uns, princes et grands, d’une avide opulence Étalent sans pudeur la barbare insolence ;

Les autres, sans pudeur, vils clients de ces grands, 5

Vont ramper sous les murs qui cachent leurs tyrans.

Admirer ces palais aux colonnes hautaines

Dont eux-même ont payé les splendeurs inhumaines,

Qu’eux-même ont arrachés aux entrailles des monts,

Et tout trempés encor des sueurs de leurs fronts. 10

Moi, je me plus toujours, client de la nature,

A voir son opulence et bienfaisante et pure,

C'est une métaphore qu'André semble avoir aimée ; il l'a reproduite plusieurs fois. Il a dit dans l’élégie u du livre I :

...... Ton œil sur sa trace accouru

Lu suit cnoor longtemps quand il a disparu ;

et dans l’élégie xi du livre II .

Son nom, sa voix absente errent dans mon oreille.

Chaxt III. — Prologue. — Y. 1. Éd. 1826 •

Dans nos vastes États, par le sort partagés.

Y. 7. Horace, Épodes, u .

... Ft superba civium l'aluni inruni limina.

HERMÈS

Cherchant loin «1e nos murs les temples, les palais Où la Divinité me révèle ses traits,

Ces monts, vainqueurs sacrés des fureurs du tonnerre, 15 Ces chênes, ces sapins, pcemiers-nés de la terre.

Les pleurs des malheureux n’ont point teint ces lambris.

D’un feu religieux le saint poète épris Cherche leur pur éther et plane sur leur cime.

Mer bruyante, la voix du poète sublime 20

Lutte contre les vents ; et tes Ilots agités

Sont moins forts, moins puissants que ses vers indomptés.

A l’aspect du volcan, aux astres élancée,

Luit, vole avec l’Etna, la bouillante pensée.

Heureux qui sait aimer ce trouble auguste et grand! 2b Seul il rêve en silence à la voix du torrent Qui le long des rochers se précipite et tonne ;

Son esprit en torrent et s’élance et bouillonne.

Là je vais dans mon sein méditant à loisir

Des chants à faire entendre aux siècles à venir ; 50

Là, dans la nuit des cœurs qu’osa sonder Homère,

Cet aveugle divin et me guide et m’éclaire.

Souvent mon vol, armé des ailes de liuffon,

Franchit avec Lucrèce, au flambeau de Newton,

La ceinture d’azur sur le globe étendue. 3b

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