A MARIE-JOSEPH DE CHÉNIER
Mon frère, que jamais la tristesse importune Ne trouble tes prospérités !'
Va remplir à la fois la scène et la tribune :
Que les grandeurs et la fortune Te comblent de leurs biens, au talent mérités. 5
Que les muses, les arts toujours d’un nouveau lustre Embellissent tous tes travaux;
Et que, cédant à peine à ton vingtième lustre,
De ton tombeau la pierre illustre S’élève radieuse entre tous les tombeaux. io
III. — « Pour prouver que l'harmonie n'avait jamais été rompue entre les deux Chénier, dit M. Labitte, on s'est plusieurs lois appuyé de cette ode. Dans les éditions la pièce n’a que deux strophes, et ces deux strophes sont louangeuses. Les vœux exprimés par André étaient sincères, je n’en doute pas; cependant il faut bien dire que, dans le manuscrit, la fin de l'ode tournait à l’ironie, à une ironie plutôt mélancolique que blessante. Les derniers vers ont été vus par plusieurs personnes de notre connaissance. »
Le manuscrit contient en effet deux ou trois strophes encore ; mais nous croyons pouvoir affirmer que M. Labittc a été induit en erreur quant au sentiment qui y règne. Une personne, en qui nous avons tout lieu d’avoir la plus entière confiance, prévenue par ces quelques lignes de M. Labitte, a lu avec la plus grande attention les strophes inédites et n’a pu y trouver la moindre intention d’ironie. M. de Latouche ne les a sans doute supprimées que parce qu’il les trouvait inférieures aux deux premières.
ET ODES