‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 482 sur 496 · V. 42. les ménades sont les femmes des halles · texte numérisé non relu

V. 42. les ménades sont les femmes des halles

V. 46 et 17, Toute cette pièce est écrite en mots français et grecs souvent abrégés. Pour donner une idée de ce curieux manuscrit, M. Saintc-

ET ODES

Vient sourire aux succès de sa rage farouche,

Et, la soif encore à la bouche,

Ruminer tout le sang dont il a bu les flots 20

Arts dignes de nos yeux ! pompe et magnificence Dignes de notre liberté,

Dignes des vils tyrans qui dévorent la France,

Dignes de l’atroce démence

Du stupide David qu’autrefois j’ai chanté. 23

« Sa langue est un fer chaud ; dans ses veines brûlées Serpentent des fleuves de. fiel. »

Benve citait ces deux vers tels qu'il se rappelait les avoir vus écrits sur une de. ces petites feuilles volantes longues et étroites dont se servait volontiers André Chénier :

Tout ce Sr,/jL<>i hht que nul rmrd ne touche Cruel même dans son ■

Ainsi qu'on peut le remarquer dans cet exemple, André négligeait le plus souvent de mettre l’accent sur les mots grecs.

V, ‘20. Cette hyperbole, qui naît ici du sujet lui-même, est d'une grande beauté; c'est la même que Racine, Ath., V, v, a employée, en parlant d'Athalie :

Ce Dieu que tu bravais en nos mains l'a livrée ;

Rcnds-lui compte du sang dont tu t'es enivrée!

Lucain, Ph., I, 530, l'a développée avec une énergie sauvage :

. . . Sullanum solito tibi lamhcrc ferrum Durât, Magne, sitis : niillus semel orc receptus Tollutas palitur sanguis mansuescere fauces.

V. 25. Ecroulement des amitiés humaines! En 1791, André et David, célébrèrent, l’un avec sa lyre, l'autre avec ses pinceaux, le serment du Jeu de [«urne, saluant tous deux avec enthousiasme l’aurore de la Révolution ; en 1793, David s'est lancé dans la démagogie ardente et siège à la Montagne : il fait de I epellctier le héros d’un de ses tableaux, et prête à la mort de Marat l’éclat de son talent, tandis qu’André, après s'être dévoué au salut du roi, célèbre le dévouement de Charlotte Corday.

VU. — C'est encore à M. Sainte-Beuve que l'on doit de connaître ces beaux vers.

HYMNES

J’ai douze ans, en secret, dans les doctes vallées.

Cueilli le poétique miel :

Je veux un jour ouvrir ma ruche tout entière ; 5

Dans tous mes vers on pourra voir Si ma Muse naquit haineuse et meurtrière.

Frustré d’un amoureux espoir,

Archiloque aux fureurs du belliqueux ïambe

Immole un beau-père menteur ; 40

Moi, ce n’est point au col d’un perfide Lycambe Que j’apprête un lacet vengeur.

Ma foudre n’a jamais tonné pour mes injures.

La patrie allume ma voix ;

La paix seule aguerrit mes pieuses morsures, 45

Et mes fureurs servent les lois.

Contre les noirs Pythons et les hydres fangeuses,

Le feu, le fer, arment mes mains;

Extirper sans pitié ces bêtes venimeuses,

C’est donner la vie aux humains. 20

V. 4. Pour la comparaison de l'abeille, voy. Elégies, I, xix, 49.

V. H. Horace, Épod., VI, se compare au contraire à Archiloque :

Qualis Lycambæ spretus infido gcncr Aut acer hoslis ltupalo.

Archiloque, éperdument amoureux de Néobulé, fille de Lycambe, se la vil refuser; indigné, il couvrit Lycambe d'injures dans des poésies fameuses, écrites en vers ïambiques, créant ainsi un rhythme nouveau, le belliqueux ïambe, pour ses fureurs surhumaines.

V. 45. « Aguerrit, » pousse à la guerre. Sa pensée est qu'il ne mord qu'en vue de la paix de sa patrie.

V. 17. Monstres fameux dans la mythologie. L'hydre surtout est employée souvent par les poètes pour désigner les ennemis du bien public. Voy. le Jeu de Paume, au v. 350, passage où André fait hydre du masculin.

V. 19. Le grand souvenir de Lémosthène semble inspirer les fureurs patriotiques d’André, et les violentes accusations de l’orateur grec paraissent llotter dans sa mémoire. Ici, ce vers reporte involontairement au plaidoyer contre Aristogilon (vers la fin), lorsque Démoslhène dit que, de même que les médecins extirpent (àrri/o^av) un cancer, il faut détruire ce svcoplmnte, cet homme poison et reptile (xai irixeôv x«i i%u T r,v fvitv ivOpoti rov).

ET ODES

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