‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 481 sur 496 · ÉPODE II · texte numérisé non relu

ÉPODE II

Lui, grands dieux! courtisan menteur,

De sa raison céleste abandonner le faite,

Pour descendre à votre hauteur !

En lui-même affermi, comme l’antique athlète, 65

Sur le sol où sou pied s’arrête,

Il reste inébranlable à tout effort mortel.

Et laisse avec dédain ce vulgaire imbécile,

Toujours turbulent et servile.

Flotter de maître en maître et d’autel en autel.

V. 05. Voici cette belle comparaison de l’athlète dans Régnier, Sal. I:

Il >e faut rcconnoislre, d se faut essayer,

Se sonder, s'exercer, avant que s'employer ;

Comme Tait un lutteur entrant dedans l’arène,

Qui, se tordant les liras, tout en soy se dèmène,

S'allonge, s’accourcit , ses muscles étendant.

Et, ferme sur ses pieds, s’exerce en attendant.

V. 67, « Effort mortel, » d’un mortel ; comme dans ce vers de Virgile, l'iicitle XII, 797 :

Mortalité decuit violari vulncrc divum ?

HYMNES

Un vulgaire assassin va chercher les ténèbres :

11 nie, il jure sur l’autel ;

Mais nous, grands, libres, fiers, à nos exploits funèbres,

A nos turpitudes célèbres,

Nous voulons attacher un éclat immortel . 5

De l’oubli taciturne et de son onde noire Nous savons détourner le cours.

Nous appelons sur nous l’éternelle mémoire;

Nos forfaits, notre unique histoire,

Parent de nos cités les brillants carrefours. 10

O gardes de Louis, sous les voûtes royales Par nos ménades déchirés.

Vos têtes sur un fer ont, pour nos bacchanales,

Orné nos portes triomphales,

Et ces bronzes hideux, nos monuments sacrés. 15

Tout ce peuple hébété que nul remords ne touche,

Cruel même dans son repos,

VI. — Ces vers ne sc trouvent que dans l'édition 1830; c’est M. Sainte- Beuve qui les a fait connaître, d’après le manuscrit, en substituant habilement plusieurs mots français aux mois grecs du manuscrit. — Cette pièce a été écrite après la fête du 14 juillet 1703. Voici un passage des Souvenirs d'un sexagénaire, par Arnault (Paris, 1833, t. III, p. 561), qui éclaircit les allusions qu’elle renferme. « I.a fête du 14 juillet 1795 semblait avoir été ordonnée parties cannibales, l.’arc, élevé au milieu d'une voie triomphale dont les colonnes occupaient le boulevard Italien, était orné de bas-reliefs peints, qui retraçaient les massacres du G octobre et du 10 a mit, et de trophées, modelés en pâle de carton, où se groupaient les dépouilles des gardes du corps, surmontés des têtes de ces malheureux auxquelles on avait laissé leurs cadenettes ou leurs queues, de peur qu'on ne les reconnût pas. J’en parle pour l'avoir vu. »

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